En dépit du plan de sauvetage, la dette chypriote risque de déraper

le 28/03/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'Eurogroupe estime qu'elle devrait être de 100% du PIB en 2020. Mais le recul de la croissance pourrait rendre cet objectif inatteignable

Le plan de sauvetage de Chypre pourrait bien en cacher un autre, comme ce fut le cas pour la Grèce. L’île reste très endettée et les mesures que le gouvernement devrait prendre en échange de l’aide des Européens et du FMI risquent de peser sur sa croissance déjà négative.

L'aide de 10 milliards d’euros apportée à Nicosie devrait, selon les termes employés par l’Eurogroupe, «permettre à la dette chypriote de rester sur une trajectoire soutenable». Les ministres des Finances de la zone euro se sont refusés à accorder au pays une enveloppe de 17 milliards d’euros (équivalente au PIB du pays), car celle-ci aurait fait pu faire exploser la dette, déjà égale à 86,5% du PIB en 2012 alors qu'avec le plan décidé lundi, la dette est censée représenter 100% du PIB d’ici à 2020.

Cependant, l’économiste d’UBS, Reinhard Cluse doute que cet objectif soit atteint. Selon lui, la dette devrait monter à 143% du PIB après le plan, soit à un niveau peu soutenable. Car la croissance chypriote va «probablement connaître une forte contraction en 2013 et 2014». Selon les dernières prévisions de la Commission, le PIB de l’île devrait se contracter de 3,5% en 2013 et de 1,3% en 2014, après un recul de 2,3% en 2012. Mais la réalité pourrait être bien plus rude.

Non seulement, la taille du secteur financier, qui équivaut à huit fois le PIB du pays, devra être drastiquement réduite d’ici à 2018. Mais la taxation des dépôts et la mise à contribution des actionnaires et créanciers nuira durablement à la confiance dans le secteur. Or, «les services d’intermédiation financière représentent plus de 9% de la valeur ajoutée brute du pays en 2012, des niveaux comparables à ceux observés au Royaume-Uni», note Alan Lemangnen, économiste chez Natixis et, «le pays dispose de peu de relais potentiels de croissance»

Enfin, Chypre devra s’engager auprès de l’Union et du Fonds monétaire international (FMI) à faire des réformes, qui pourraient affaiblir  encore la demande alors que le chômage était au-dessus de 10% en 2012. Nicosie a déjà promis des augmentations d’impôts.

L’économiste d'UBS, Reinhard Cluse, souligne que le pays n’a guère de solutions pour réduire son endettement excessif. «Une restructuration de la dette souveraine à Chypre ne serait pas facile car les banques domestiques sont des détentrices très importantes de dette». Il fait aussi valoir qu’une large part de la dette détenue par des étrangers est de droit britannique et donc difficile à restructurer.

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