Le contrôle des capitaux va aggraver la fragmentation financière dans la zone euro

le 26/03/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Chypre devrait briser un autre tabou en voulant éviter la panique de ses déposants et investisseurs financiers

Alors que Chypre va faire contribuer les gros déposants à la restructuration de son secteur bancaire, le gouvernement a les mains libres pour éviter toute panique en contrôlant les capitaux. La Banque centrale chypriote se réunissait hier soir pour avancer sur ce sujet. Il crée un nouveau précédent pour la zone euro, qui souffre déjà de la fragmentation de son marché financier.

Tandis que parlementaires chypriotes ont voté vendredi pour rendre possibles le contrôle des capitaux, c’est à reculons que les ministres des Finances de la zone euro ont validé cette démarche. «L’Eurogroupe prend note de la décision d’introduire des mesures administratives appropriées au vu de la situation actuelle unique et exceptionnelle du secteur financier», écrivent-ils. Les dirigeants «soulignent que ces mesures administratives seront temporaires, mesurées et non discriminatoires, en termes de champ et de durée, en ligne avec les traités».

Si cette annonce est apparemment faite à contrecœur, l’Eurogroupe ne pouvait pas faire autrement que donner son feu vert, selon Gilles Moec, économiste chez Deutsche Bank. «L’alternative pour la Banque centrale européenne (BCE) aurait été de financer une fuite des dépôts massives, ce qui aurait débouché sur une exposition encore plus grande vis-à-vis de Chypre, via le programme de liquidité d’urgence (ELA)».

«Le précédent des contrôles de capitaux nous trouble énormément», écrivent cependant les analystes de Société Générale CIB pour qui c’est un retour aux années 1980 où de telles restrictions étaient plus répandues. «Si cela peut arriver à Chypre aussi facilement et rapidement, cela pourrait arriver ailleurs. Le risque des contrôles de capitaux doit être inclu dans les prix».

Pour les économistes d’ING, «la décision d’imposer des contrôles de capitaux, même si certaines failles des traités le permettent, montre que l’intégration du marché financier est loin d’être garantie. La fragmentation des marchés financiers pourrait être renforcée par les décisions des derniers jours, compliquant encore le travail de la BCE, de nouvelles mesures non conventionnelles pourraient être nécessaires pour remédier à cette situation».

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