Le bras de fer entre l’Argentine et les «fonds vautour» se durcit

le 31/10/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Malgré la dégradation de la note du pays par S&P et la décision défavorable de la cour de New-York, Buenos Aires «ne remboursera jamais» les fonds vautour

L’Argentine ne cède pas aux pressions des «fonds vautour». Quelques heures après la mise sous perspective négative de la note B de la dette argentine libellée en devise étrangère par Fitch, c’est S&P qui a annoncé hier soir la dégradation d’un cran de la note de la dette souveraine du pays à B-, soit six crans au-dessous de la catégorie investissement et au même stade que les notes de la Jamaïque, du Pakistan ou de la Biélorussie. Moody's avait déjà revu en septembre de «stable» à «négative» la perspective de la note argentine, en mettant en avant le caractère «hasardeux» de la politique économique de Buenos Aires.

Mais S&P met surtout en exergue son sentiment «que le gouvernement devrait faire face à des risques croissants dans la gestion de sa dette après la décision de la cour américaine». Vendredi, un tribunal new-yorkais a rendu un verdict défavorable à l'Argentine dans son procès contre les «fonds vautours», estimant que le pays «avait violé» le principe «pari passu» d’égalité de traitement entre les créanciers en établissant une discrimination entre les créanciers ayant accepté la restructuration de 2005 et 2010, et ceux l'ayant refusé et qui n’ont obtenu aucun versement depuis 2001. La cour a également rejeté la décision de deux provinces argentines de rembourser en pesos leur dette émise en dollars.

Le fonds Elliott Capital Management, faisant partie des 7% de créanciers à avoir refusé les échanges de dette proposés en 2005 et 2010 et qui détiennent des créances en défaut d’une valeur faciale de 1,4 milliard de dollars, a récemment fait saisir un trois-mâts argentin dans les eaux ghanéennes pour faire pression sur le gouvernement argentin. Mais Buenos Aires reste fermement campé sur ses positions. «Nous ne rembourserons jamais les fonds vautour» a lâché ce matin le ministre de l’économie argentin, Hernan Lorenzino. Ce dernier a ajouté que le pays allait «continuer à rembourser les 93% de créanciers qui ont accepté son offre d'échange de dette en dollars, en euro et en yen, comme convenu».

Fitch a prévenu qu'un non paiement de sa dette «constituerait un cas de défaut», entraînant de facto un abaissement de note. Les CDS argentins se sont envolés de 974 bp le 25 octobre dernier et de 6 bp après la décision de justice pour atteindre 1.496 ce matin. Le prix des obligations restructurées d’échéance 2033 ont chuté de 81 cents par dollar à 71 cents ce matin, soit un rendement de 12,38%.

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