Mario Draghi reste prudent sur la publication de minutes par la BCE

le 10/10/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le président de la banque centrale redoute que le conseil subisse des pressions politiques en rendant compte de ses débats

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi n’est pas opposé par principe à ce que soient publiées régulièrement des minutes des débats au sein du Conseil des gouverneurs, comme le font la Banque d’Angleterre (BOE) et la Réserve Fédérale. Il reste toutefois très prudent car cette plus grande transparence pourrait aller de pair avec des pressions politiques.

Aujourd'hui, la BCE est censée publier les comptes-rendus des conseils avec un délai de trente ans. Interrogé sur l’opportunité de modifier cette règle par un eurodéputé hier, le patron de l'institution s’est gardé de rendre un avis tranché. «J’ai déjà dit que j’étais ouvert à cette idée, mais ce n’est pas une chose facile à faire, vous ne pouvez pas vraiment mettre cela en place du jour au lendemain».

Cette question est d’autant plus délicate que les dissensions au sein du Conseil des gouverneurs ont éclaté au grand jour lors de la mise en place du programme de rachat de dette souveraine sur le marché secondaire (OMT) en septembre. Le président de la Bundesbank, Jens Weidmann s’y est ouvertement opposé. Mario Draghi a dû reconnaître lors de sa conférence de presse mensuelle que le nouveau programme n’avait pas été adopté à l’unanimité, à raison d’une voix, mais il s’est refusé à nommer le dissident.

«Nous ne sommes pas un pays et cela doit être pris en compte pour éviter la renationalisation de la politique monétaire. Le membres du conseil des gouverneurs y siègent à titre personnel et non en tant que représentants de leurs pays», a encore expliqué le banquier central hier.

Fin septembre, le gouverneur de la banque centrale d’Autriche, Ewald Nowotny, avait avancé ce même type d’arguments : «le délai de publication actuel de trente ans est probablement trop long mais s’il était trop court cela pourrait déboucher sur des pressions politiques problématiques». Son homologue finlandais, Erkki Liikanen, s’est montré plus ouvertement favorable à la publication de minutes, sans pour autant préciser si elles devraient comporter ou non les noms des votants.

Mario Draghi ne manque jamais de rappeler que la BCE est déjà une institution très transparente. Contrairement à ses homologues de la BoE et de la Fed, son président donne une conférence tous les mois. Il vient s’exprimer régulièrement devant le Parlement européen et les membres du Conseil ne sont pas avares d’interventions publiques.

Enfin, la banque publie des données de manière hebdomadaire, mensuelle et annuelle.

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