L'Espagne donne des garanties à Bruxelles

le 28/09/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Réductions des dépenses et réformes structurelles. Madrid prépare le terrain à une aide extérieure

Mariano Rajoy, le Premier ministre espagnol. Photo : Angel Navarrete/Bloomberg.

Dos au mur, le gouvernement de Mariano Rajoy a dévoilé hier un budget 2013 placé sous le signe de l’austérité pour réduire son déficit public à 6,3% du PIB en 2012 puis à 4,5% en 2013. L’Espagne a aussi donné le coup d’envoi d’une série de réformes structurelles pour améliorer sa compétitivité avec à la clé 43 projets de loi dans les six prochains mois. Ces annonces visent aux yeux des observateurs à anticiper sur les conditions d'une aide financière à laquelle l’Espagne ne pourra plus échapper bien longtemps.

L’Espagne se met en ordre de marche avant l’appel à l’aide européenne, demande toujours en suspens. Pris en étau entre son opinion publique exsangue, et mis sous pression par les marchés, le gouvernement espagnol a opté pour un budget axé sur les réductions de dépenses (58% du budget) plutôt que sur les hausses d’impôts (42%), et annoncé une série de réformes drastiques.

«Il s’agit d’un budget en temps de crise, mais justement pour sortir de cette crise», a déclaré la porte-parole du gouvernement Soraya Saenz de Santamaria, à l’issue d'un conseil des ministres qui aura duré six heures.

Le gouvernement conservateur a réaffirmé son objectif de réduire son déficit public à 6,3% du PIB en 2012, puis à 4,5% en 2013 mais les marchés doutent de sa capacité à y parvenir après le dérapage budgétaire en 2011 de 8,9% contre les 6% promis. Face à l’urgence de la situation, le gouvernement a prévenu qu'il allait puiser 3 milliards d'euros dans le fonds de réserve de la sécurité sociale pour couvrir ses besoins de liquidités à court terme. Afin de rassurer, le gouvernement a annoncé la création d’une «autorité budgétaire indépendante» pour contrôler ses comptes.

La situation financière des régions reste toutefois une source de préoccupation majeure. Une cinquième communauté, Castille-La Manche, a annoncé hier qu'elle aurait besoin de l’aide publique du fonds doté de 18 milliards d’euros. Les besoins déclarés se chiffrent déjà à 15 milliards.

«Les mesures prises sont en ligne avec les attentes, la plupart d’entre elles figurant déjà dans les mesures additionnelles annoncées en juillet et août. Une fois de plus l’objectif du gouvernement de réduire le déficit budgétaire parait très ambitieux. En effet, nous pensons que le déficit 2012 atteindra 7,5% du PIB et non pas 6,3%», juge de son côté Jesus Castillo chez Natixis à propos de la feuille de route budgétaire. «La première impression est favorable, avec la priorité donnée à un ajustement des dépenses plutôt que des recettes», estime Jose Luis Martinez, économiste chez Citigroup à Madrid. «En revanche, nous considérons comme trop optimiste la prévision macro-économique (ndlr : du gouvernement) d'une récession de 0,5% l'an prochain», ajoute-t-il.

Le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, a salué les annonces espagnoles en notant que les réformes envisagées allaient au-delà de ce que Bruxelles avait demandé à Madrid. Alors que l'audit sur le secteur bancaire doit être rendu aujourd'hui, le gouvernement a répété hier qu’il continuait d'étudier les conditions d'un éventuel plan d'aide qui permettrait à la BCE de lancer ses achats d'obligations souveraines pour faire baisser les coûts d’emprunt des pays en difficulté.

Les taux espagnols à 10 ans sont retombés hier sous le seuil des 6% après être repassés au-delà des 6% mercredi pour la première fois depuis les annonces de la BCE du 6 septembre.

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