Le débat se renforce autour de la BCE

le 21/08/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La «BuBa» réaffirme son opposition au rachat de dettes souveraines. La BCE veut calmer la spéculation

Rendements italiens et espagnols au plus bas depuis 6 semaines. Illustration L'Agefi.

Les taux d’emprunts espagnols et italiens sont retombés hier, en séance, à leur plus bas niveau depuis six semaines profitant de spéculations sur une intervention massive de la Banque centrale européenne sur les marchés obligataires. Celle-ci étudierait la possibilité de fixer des seuils de taux d'intérêt pour les obligations souveraines de pays en difficulté. Mais l'institution, dont l'action est attendue dès septembre, n’a pas tardé à réagir pour tenter de calmer le jeu.

«Il est absolument trompeur d'évoquer des décisions qui n'ont pas encore été prises» ni «discutées», a affirmé le porte-parole de la BCE. Il est également «erroné de spéculer sur la forme que pourraient prendre des interventions futures de la BCE», a-t-il ajouté. Selon le scénario évoqué par la presse allemande, la BCE ne rachèterait les obligations que si elles étaient assorties d'un taux dépassant un certain seuil de prime par rapport au rendement du Bund équivalent. En d’autres termes, cela équivaudrait à une intervention automatique et quasi illimitée de l’institution monétaire.

Peu après cette annonce qui ressemble davantage à une mise au point qu’à un démenti catégorique, l'euro cédait du terrain face au dollar. Luis de Guindos, le ministre des Finances espagnol, a quant à lui semblé valider ce scénario en déclarant à l’agence de presse EFE que l’Espagne souhaiterait que la BCE s’engage à une intervention illimitée sur le marché obligataire secondaire avant que le pays ne demande une aide officielle. Mais de son côté, le ministère allemand des Finances a fait savoir qu'il n'avait pas connaissance d'un projet de la banque centrale visant les écarts de rendement des obligations des pays en difficulté de la zone euro.

Plusieurs observateurs se sont montrés sceptiques à l’évocation d'un tel scénario. Les analystes de Barclays le jugent certes «plausible» mais «prématuré». «C’est assez peu crédible», estime pour sa part Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC. «Cela rappelle l’action de la Banque nationale suisse qui a fixé un seuil minimal de 1,20 franc pour un euro afin d’enrayer la hausse continue de sa monnaie. Mais cela signifierait que la BCE est ainsi prête à mettre sur la table un montant quasi illimité», ajoute l’économiste.

La Banque centrale suisse, qui est déjà intervenue à plusieurs reprises, s’était déclarée mi-juin prête à acheter des devises nationales «en quantité illimitée». Pour Jean-Louis Mourier, un seuil d’intervention de taux obligataires pourrait même dans l’absolu conduire la BCE à intervenir en cas de forte baisse des rendements allemands. «On serait en face d’une véritable usine à gaz. Mieux vaut ne pas donner de "cible" aux marchés et agir au coup par coup», juge-t-il.

Depuis plusieurs semaines déjà, les contours de l’action de la BCE font débat. Mario Draghi, son président, se heurte à la Bundesbank qui s’est déclarée hier encore fermement opposée au plan prévoyant de racheter des obligations souveraines espagnoles et italiennes car cela reviendrait à financer directement les Etats.

Si Angela Merkel a semblé apporter la semaine dernière son soutien entier à la politique de Mario Draghi, le débat est loin d’être clos entre les partenaires de la zone euro. La Finlande n’a pas hésité à remettre de l’huile sur le feu la semaine dernière en indiquant que le pays se préparait à l’éclatement de la zone euro.

Rendements italiens et espagnols au plus bas depuis 6 semaines. Illustration L'Agefi.
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Rendements italiens et espagnols au plus bas depuis 6 semaines. Illustration L'Agefi.

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