La zone euro joue sa crédibilité cette semaine

le 25/06/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le sommet des 28 et 29 juin pourrait décevoir. Paris, Berlin, Rome et Madrid sont restés vagues vendredi

Au sommet de Rome le 22 juin 2012 (photo Bloomberg)

La France, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne disent avoir trouvé un terrain d’entente vendredi dernier à Rome, en prévision du sommet européen de la fin de la semaine. Les chefs d’Etat et de gouvernement des quatre pays se sont accordés sur une feuille de route pour l’intégration économique et monétaire européenne, un plan pour la croissance et une taxe sur les transactions financières. Mais les investisseurs, désormais méfiants, n’attendent pas d'avancées concrètes sur l’union bancaire et le renforcement des fonds de secours.

Sans donner plus de détails, les quatre dirigeants européens ont expliqué qu'ils proposeraient cette semaine un plan pour la croissance à hauteur de 1% du PIB de l’Union soit 130 milliards d’euros. L’annonce n’est pas surprenante. Les politiques et la Commission avaient déjà discuté de mesures pour la croissance.

L’Elysée les avait reprises en proposant d’injecter 120 milliards d’euros dans l’économie en additionant la mobilisation des fonds structurels européens non utilisés (55 milliards d’euros), des prêts de la Banque européenne d’investissement (60 milliards d’euros) via une augmentation de son capital, et la mise en place d’«obligations de projet» (4,5 milliards d’euros).

Ces mesures ont donc des chances d’être reprises lors du sommet. Toutefois, les analystes de Citi les jugent décevantes : «l’impact de ce plan sur la croissance à court terme devrait être faible car il se concentre sur des infrastructures qui doivent d’abord être identifiées et qui sont longues à mettre en place. Qui plus est, le montant de capital frais qui pourrait être fourni est modeste», écrivent-ils.

François Hollande a aussi expliqué que les quatre pays partageaient une «vision commune de l'union économique et monétaire, sur une feuille de route qui supposera à chaque étape de l'union - union monétaire, union bancaire - des instruments qui correspondent à cette volonté de travailler ensemble». Le président français n’a pas détaillé le sens de cette proposition.

«Un vrai tournant dans la crise serait de se mettre d’accord sur une feuille de route crédible vers la création d’une union bancaire et budgétaire», explique David Mackie chez JPMorgan. Beaucoup de ses collègues doutent cependant que les dirigeants de la zone s’accorderont à court terme sur les piliers d’une telle union. A leurs yeux, les Européens pourraient trouver un compromis pour renforcer la supervision européenne des banques. Mais la création d’un régime de résolution des crises bancaires ou d’un fonds de garantie des dépôts européens semble plus problématique. «Les dépôts européens représentent 500% du PIB allemand», soulignent les analystes de Société Générale CIB.

Beaucoup d’observateurs estiment aussi que la création d’eurobills, sans même parler d’eurobonds, est peu probable compte tenu de la réticence de l’Allemagne à mutualiser la dette. La perspective d’un fonds d’amortissement de la dette leur paraît tout aussi éloignée.

Quant aux fonds de secours européens, les analystes de Citi doutent qu’ils seront autorisés à intervenir sur le marché secondaire. Du moins pas avant que la zone euro ne connaisse un nouveau pic de stress. «Après les probables tensions financières de cet été, nous croyons que le Mécanisme européen de stabilité aura accès à la liquidité de la BCE et verra sa capacité doubler», affirment les économistes de Société Générale CIB.

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