La Fed achète du temps

le 21/06/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le programme d'allongement de la maturité du portefeuille de Treasuries est étendu jusqu'à la fin de l'année

Ben Bernanke, président de la Fed. Photo : Andrew Harrer/Bloomberg

Les marchés ont obtenu ce qu'ils anticipaient : une prolongation de l'opération Twist. Lancée en septembre dernier, cette stratégie qui consiste à vendre des titres courtspour acheter des titres longs devait cesser à la fin du mois. Elle gagne finalement six mois et 267 milliards de dollars supplémentaires. Son objectif ne change pas d'un pouce : tirer à la baisse les taux longs. Cela passera par la vente de titres d'une maturité inférieure à trois ans pour se concentrer sur des achats dans une fourchette de 6 à 30 ans.

La poursuite de cette opération Twist «devrait faire peser une pression baissière sur les taux d'intérêt à long terme et rendre les conditions financières dans leur ensemble plus souples», a souligné le Comité de politique monétaire (FOMC) de la Fed. Ce dernier a laissé intacte sa promesse de maintenir le niveau des taux directeurs proche de zéro au moins jusqu'à fin 2014.

Ceux qui attendaient de la part de la banque centrale un effort plus conséquent en seront pour leurs frais. Les marchés actions ont ainsi cédé du terrain à l'annonce de la décision avant de se reprendre. L'économie américaine «n'est pas en assez grande difficulté pour leur donner le stimulus supplémentaire qu'ils souhaitent», juge Rob Carnell, chef économiste chez ING.

Hormis la prise en compte de la dégradation de certains indicateurs (emploi, consommation), il ressort du communiqué du FOMC cette déclaration : «le comité est prêt à prendre des mesures supplémentaires si besoin afin de promouvoir une reprise économique plus solide et une amélioration durable des conditions du marché du travail dans un contexte de stabilité des prix». «Cette phrase remplace la promesse d'ajuster le portefeuille de titres de manière appropriée. Notre opinion est que les membres du FOMC, en choisissant de modifier cette partie du communiqué, soulignent la probabilité renforcée d'une troisième vague d'assouplissement quantitatif (QE3, ndlr)», note Alexandra Estiot, économiste chez BNP Paribas.

Les observateurs se sont ensuite tournés vers le président de la Fed. Ils espéraient trouver auprès de Ben Bernanke matière à sonder l'appétit de la banque centrale pour un éventuel QE3. Ce dernier a notamment déclaré lors de sa conférence de presse que «si nous ne voyons pas d'amélioration continue sur le marché de l'emploi, nous serons prêts à prendre des mesures additionnelles si cela est nécessaire».

«Nous avons pris une mesure aujourd'hui (mercredi), une mesure importante, qui apportera un assouplissement supplémentaire à l'économie et, en outre, nous avons déclaré que nous étions prêts à prendre d'autres mesures si nécessaire pour promouvoir une croissance durable, donc nous sommes prêts à faire ce qui est nécessaire», a-t-il renchéri. «La politique monétaire n'est pas la panacée. La politique monétaire en elle-même ne va pas résoudre tous nos problèmes économiques», a-t-il néanmoins réaffirmé.

Alors que Ben Bernanke a estimé que la situation en Europe ralentissait la croissance américaine, la Fed a nettement revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2012. Elle table désormais sur une hausse du PIB comprise entre 1,9 et 2,4%, contre une fourchette de 2,4-2,9% précédemment. En ce qui concerne le taux de chômage, la banque centrale l'attend entre 8,0 et 8,2%, contre 7,8-8,0% en avril.

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