Les banques espagnoles procèdent au grand nettoyage

le 14/05/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

En moins de trois mois, l’exécutif a bouclé une seconde réforme destinée à rétablir la confiance dans la solvabilité des banques espagnoles

Les marchés ont fait preuve de scepticisme à l'annonce des décisions prises en conseil des ministres; la bourse de Madrid a plongé vendredi en séance avant de se reprendre et de clôturer en repli de 0,7%. Au centre de cette réforme, quatre mesures clés: 30 milliards d’euros de nouvelles provisions qui s’ajoutent aux 53 milliards d’euros exigés en février dernier, la création de structures de défaisance des actifs toxiques, la nomination de deux auditeurs indépendants chargés d’évaluer les portefeuilles immobiliers des entités financières afin «d’éliminer les doutes sur leur solvabilité» et enfin une aide publique pour les banques qui ne pourront pas constituer de provisions. Des mesures saluées dimanche par Olli Rehn, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaire.

Particularité de la réforme: l’exécutif a décidé d’augmenter de 7 à 30% le taux de couverture des actifs immobiliers considérés comme «non problématiques», soit un total de 137 milliards d’euros.  Cette mesure devrait aider à rouvrir les robinets du crédit, a assuré le ministre de l’économie Luis de Guindos. Miguel Angel Bernal, professeur d’économie à l’Institut d’Etudes Boursières de Madrid (IEB) y voit plutôt une déclaration politique pour l’opinion publique car les nouvelles exigences vont affecter les ressources propres des banques. 

Dans le cas où les entités ne pourront assumer les nouvelles exigences de provisionnement, elles pourront demander l’aide de l’état via les CoCos, ces fameux instruments hybrides. «Il ne s’agit pas d’une aide publique aux entités bancaires», a martelé Luis de Guindos. Selon lui, ces bons convertibles fonctionneront comme des prêts à un taux d’intérêt très élevé, remboursables en cinq ans et pourront se convertir en actions. «Ca ne coûtera rien aux contribuables et les banques devront payer un taux d’intérêt de 10%», a insisté De Guindos. Le ministre a calculé que la quantité nécessaire à injecter ne dépassera pas les 15 milliards d’euros. 

En outre, les banques devront débarrasser leurs actifs immobiliers de leurs bilans et les placer dans des sociétés immobilières spécialisées, c’est à dire des sociétés de liquidation permettant d’isoler ces actifs toxiques, les «bad banks». Miguel Angel Bernal pense que ces mesures pourraient être bénéfiques à moyen terme, mais dans l’immédiat il estime que leur impact sera négatif pour l’économie espagnole. Pour l’instant, le gouvernement reste sourd à ces avertissements et ne dévie pas de sa ligne de conduite: la rigueur et la réduction de son déficit.

A lire aussi