Le gouvernement s’ajuste à la croissance faible

le 08/11/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Pour tenir ses engagements de rigueur, il veut récupérer 18,6 milliards d’euros d'ici 2013

Conférence de presse de François Fillon le 7 novembre 2011. Photo: Ludovic/REA

Le gouvernement a coupé la poire en deux. On attendait un effort budgétaire de 6 à 8 milliards d’euros pour 2012. Ce sont finalement 7 milliards supplémentaires qui seront dégagés pour rester dans les clous du programme de redressement des finances publiques malgré la baisse à 1% de la prévision de croissance pour 2012. Le déficit reste prévu à 4,5% du PIB en 2012, 3% en 2013. Et le retour à l’équilibre, inédit depuis 1975, est censé se faire en 2016. Les marchés semblent plutôt dubitatifs.

Le gouvernement estime que 18,6 milliards d’euros seront dégagés d’ici à 2013 et qu'en cumulé, la dette pourra être allégée de 64,7 milliards d’euros d'ici 2016. Car certaines des mesures annoncées ne prendront pas effet cette année ou monteront en puissance.

«Toutes les mesures de redressement supplémentaires que nous allons prendre ne remettront pas en cause les politiques structurelles qui ont été mises en place pour soutenir la croissance, l’innovation et l’emploi», a assuré le premier ministre.

Les mesures annoncées portent pour beaucoup sur les recettes. Pour 2012, les plus significatives sont l’augmentation du taux de TVA à taux réduit de 5,5% à 7% sauf pour l’alimentation, l’énergie et les produits destinés aux handicapés (1,8 milliard d’euros en 2012). Vient ensuite le gel du barème de l’impôt sur le revenu, de l’ISF et des donations et successions en 2012-2013 qui rapportera 1,7 milliard d’euros.

La baisse des dépenses de l'Etat (notamment via des cessions immobilières) et de l’assurance maladie (grâce à la baisse de l’Objectif national des dépenses d'assurance maladie , Ondam, 2,8% à 2,5%) se chiffre à 1,2 milliard d’euros. Quant à la majoration exceptionnelle de l’impôt sur les sociétés pour les grandes entreprises, elle ferait gagner 1,1 milliard d’euros.

En sus de quelques mesures symboliques comme le gel du salaire de ses membres et du président jusqu’au retour à l’équilibre, le gouvernement a annoncé le raccourcissement de la phase transitoire de la réforme des retraites, le rabot et la suppression de quelques niches et enfin la revalorisation forfaitaire des prestations familiales et aides au logement à 1%. Les collectivités seront seulement contraintes d’être plus transparentes sur leurs dépenses.

«L’impact sur la croissance devrait être limité», estiment les analystes de Crédit Suisse. Mais «la croissance pourrait être plus faible que prévu». Le consensus des économistes table d’ailleurs sur une prévision de 0,9%. Le premier ministre a néanmoins indiqué que 6 milliards d’euros supplémenttaires seraient gelés dans le budget 2012 en cas de repli de la croissance encore plus prononcé que prévu.

D’autres facteurs sont susceptibles de contrarier les plans du gouvernement. A commencer par les élections présidentielles du printemps prochain et la crise de la zone euro. En octobre, Moody’s expliquait qu’elle allait évaluer la perspective stable de la note française au regard notamment d’un nouveau soutien aux pays européens ou aux banques.

Les marchés n’ont pas vraiment salué l’annonce. Les rendements des obligations d’Etat à 10 ans restent très élevés et se sont même tendus de 7 points de base hier après-midi à 3,099%. Selon CMA, les CDS sur la dette française s’échangeaient à 181,7 points de base hier, en hausse de4 points par rapport à vendredi.

A lire aussi