L'Italie envoie des signaux inquiétants

le 14/09/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Malgré l'intervention de la BCE sur le marché, les rendements se sont tendus hier

Dans un marché toujours inquiet, le Trésor italien a hier fait l'essentiel. Il a émis 6,48 milliards d'euros d'obligations à cinq et dix ans, un montant correspondant à l'objectif fixé de 5 à 7 milliards d'euros. Mais il a dû offrir un rendement de 5,6% sur les emprunts d'Etat à cinq ans contre 4,93% consenti mi-juillet sur la même maturité. Le taux à dix ans italien a atteint 5,76% en séance. Les rachats de titres de la BCE et les discussions entre l'Italie et la Chine n'ont donc été que d'un maigre recours.

La révélation d'un soutien de la Chine à l'Italie avait pourtant été bien accueillie par le marché mais dans la journée, les autorités italiennes ont précisé qu'il s'agissait de discussions sur d'éventuels investissements industriels. De plus, l'intervention sur le marché secondaire de la BCE n'a pas été aussi efficace que lors de la précédente sortie du Trésor italien.

Le 30 août dernier, l'activité de la BCE avait permis de stabiliser les rendements à dix ans à 5,1% malgré l'émission de 7,7 milliards d'emprunts d'Etat. Depuis lors, dans un contexte de marché de plus en plus mouvementé, les taux longs italiens ont bondi de 57 points de base. La semaine dernière, la BCE avait pourtant maintenu ses rachats de titres italiens et espagnols sur le marché à 14 milliards d'euros. Cette semaine, elle aura encore fort à faire puisque l'Espagne viendra à son tour solliciter les investisseurs jeudi avec la réouverture de trois lignes à 10 ans. Or, les taux longs espagnols ont eux aussi déjà quitté leur ancrage à 5%. Ils ressortaient hier à 5,38%.

Les conditions de financement sur le marché des deux poids lourds de l'Europe du Sud se rapprochent donc dangereusement des niveaux de début août, qui avaient poussé la BCE à relancer son programme de rachats de titres. Fin juillet, la dernière émission de BTP à 10 ans avait été bouclée pour un rendement de 5,77%. Les taux des BTP et des Bonos ont grimpé respectivement à 6,4% début août et à 6,31% mi-juillet. Par ailleurs, la demande sur les titres italiens continue de baisser. Le ratio de demande sur offre sur l'émission à 5 ans d'hier s'élevait à 1,28 contre 1,93 pour l'opération précédente, où l'Italie avait cependant émis trois fois moins (ce qui fait mécaniquement augmenter le ratio).

Reste à savoir ce que les autorités européennes et la BCE peuvent faire dans l'immédiat, en complément du programme de rachats, pour faire face aux pressions vendeuses sur le marché. De fait, la réforme du Fonds européen de stabilité financière (EFSF), annoncée en juillet, qui doit lui permettre de racheter des titres sur le marché, prend du retard.

D'ici à la fin de l'année, l'Italie doit encore émettre 60 milliards d'euros, soit 30% de son programme de financement pour 2011. De ce fait, «il semblerait que la pression à la hausse sur les taux va se maintenir», estime Greg Anderson, stratégiste chez Citi. La charge de la dette devrait donc devenir bien plus coûteuse d'ici à fin 2011, ce qui «nécessitera plus d'austérité dans d'autres domaines», ajoute-t-il.

L'écart entre le BTP et le Bund a quant à lui retrouvé hier le niveau record atteint début août de 391 pb. Le marché des CDS reflète également les tensions sur la dette italienne. Le contrat de protection contre le risque de défaut de l'Italie est ressorti hier à 508,5 pb, ce qui correspond à une probabilité de défaut de 35%.

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