La BCE libère les paris sur une baisse de taux

le 09/09/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'institution a changé hier de rhétorique, évoquant les risques pour la croissance en zone euro

La BCE libère les paris sur une baisse de taux

Après avoir relevé ses taux en avril et juillet, la BCE change son fusil d'épaule, comme en 2008. Hier, Jean-Claude Trichet a évoqué «un risque baissier sur la croissance» en zone euroL'institution, qui a laissé ses taux inchangés hier à 1,5%, a baissé ses prévisions de PIB de 0,3 point à 1,6% pour 2011 et de 0,4 point à 1,3% pour 2012. Les risques inflationnistes sont à présent «équilibrés» et non plus haussiers. De quoi conforter l'idée d'une baisse des taux, que les marchés anticipent pour la fin d'année.

Si la BCE a modifié de manière significative son diagnostic sur la conjoncture économique de la zone euro, elle n’a pas changé son appréciation sur l’évolution du niveau général des prix. L’inflation  restera sans doute au-dessus de 2% dans les mois à venir. La prévision pour 2011 demeure dans la fourchette 2,5% à 2,7%. Pour 2012, l’institution voit toujours une inflation moyenne à 1,7% mais a resserré sa fourchette de 1,1-2,3% à 1,2-2,2%. Jean-Claude Trichet a confirmé que «l'inflation devrait tomber sous 2,0% (en rythme annuel) en 2012».

Les anticipations de baisse de taux en ressortent légèrement renforcées de 4 pb environ. Selon les contrats forward, l’Eonia anticipé en novembre devrait baisser de 18 pb, contre 24 pb en décembre (soit une baisse du taux directeur anticipée dès fin 2011), 28 pb en janvier et 32 pb en février. Pour l’heure, les anticipations à 12 mois ne tablent au maximum que sur 31 pb de baisse.

Pour ING, «le biais de la BCE a changé» et «de nouvelles hausses de taux ne sont désormais plus sur la table».

Aux yeux d’UniCredit, la BCE a changé de rhétorique de manière significative par rapport au mois dernier. En juillet, elle envoyait encore des signaux indiquant son intention de poursuivre ses hausses de taux. Hier, le ton de Jean-Claude Trichet dans son discours indique, pour UniCredit, une attitude «neutre» de la BCE. «Au vu de l'incertitude extrêmement élevée, le prochain mouvement de taux pourrait être à la hausse comme à la baisse, bien que nous pensions que la première décision de la BCE pour surmonter cette situation de faiblesse persistante sera de renforcer ses mesures "non standards" plutôt que des baisses de taux», remarque la banque italienne. 

Jugeant l'orientation de la politique monétaire toujours accommodante, Jean-Claude Trichet a précisé que «certaines conditions de financement se sont tendues», sans pour autant annoncer de nouvelles mesures non conventionnelles.

Pour Barclays, la BCE a adopté un biais à l’assouplissement monétaire. Par rapport à l’idée d’une baisse des taux, ING souligne qu’une dégradation de l’économie et une dynamique déflationniste pourraient forcer la BCE à passer à l’acte. Mais le fait que les taux courts soient bas et que la liquidité reste accommodante place haut la barre pour une baisse de taux à court terme. Il faudra attendre l'analyse complète des données macroéconomiques.

Après avoir relevé de 25 points de base par deux fois son taux directeur en avril et juillet sous une prétendue menace inflationniste, la BCE a hier défendu la politique monétaire  adoptée cette année, jugeant  «appropriées» les hausses de taux précédentes. Reste qu'une baisse de taux quelques mois après ce resserrement ferait perdre du crédit à l’institution monétaire quant à son appréciation de la situation macroéconomique. Un virage à 180 degrés qu'elle avait déjà dû effectuer entre juillet et septembre 2008.

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