La Suisse durcit d'un cran la guerre des changes

le 07/09/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

En fixant à l'euro un plancher de 1,20 face à sa devise, la BNS se prépare à des achats massifs

Vendredi à Marseille, les ministres des Finances du G7 auront un sujet de discussion tout trouvé: l’intervention de la Banque nationale de Suisse (BNS) sur le marché des changes, nouveau chapitre de la «guerre» que se livrent les grandes économies. En annonçant qu’elle ne laisserait plus le taux de change euro/franc suisse passer sous un plancher de 1,20, soit un plafond de 0,833 pour sa devise face à la monnaie unique, l’institution a pris les cambistes à revers. L'euro a bondi de 8,3% face au franc.

La banque centrale se prépare à «acheter des devises étrangères en quantités illimitées». «Même à 1,20 pour un euro, le franc suisse reste haut et devrait continuer à s’affaiblir sur la durée. Si les perspectives économiques et les risques déflationnistes l’exigent, la BNS prendra d’autres mesures», promet-elle.

La BNS reste pourtant sur un échec et un demi-succès en la matière. En 2009-2010, ses achats de devises, sans parité explicite, n’avaient pas enrayé l’appréciation du franc et lui avaient coûté 26 milliards sur l’exercice 2010. Elle avait baissé pavillon devant les critiques reçues en Suisse. La fixation d’un plancher, elle, a déjà été utilisée une fois, en 1978, à l’époque contre le mark. La Suisse avait stabilisé le taux de change, mais au prix d’un dérapage de l’inflation qui l’avait forcée à abandonner ce «peg» en 1981.

Cette fois, la situation est différente. Les milieux économiques et politiques en Suisse soutiennent totalement l’intervention. Et avec des prix en contraction de 0,3% en août, la BNS n’a pas à craindre pour le moment de risque inflationniste.

Nul ne doute de la détermination de la banque centrale. Mais beaucoup s’interrogent sur sa capacité à décourager les investisseurs d’acheter du franc. C’est en effet l’aggravation de la crise des dettes souveraines qui explique la flambée de 26% de la devise face à l’euro entre le 1er avril et le 10 août (+17% lundi soir).

«L’engagement de la BNS dépend des développements externes en zone euro et pourrait exiger un accroissement énorme et sans précédent des réserves de change», soulignent les stratégistes de Bank of Tokyo, qui l'estiment entre 500 et 1.000 milliards, en équivalent dollar. «Les autorités suisses devraient probablement acheter du papier des pays cœur de la zone euro, ce qui risque d’avoir un effet déformant sur le spread avec la périphérie, estiment pour leur part les stratégistes de HSBC. Le marché va désormais suivre attentivement les réserves de change de la BNS pour voir la taille de la position en euro. Les Suisses ne pourront pas vendre ensuite ces euros pour acheter du dollar, car cela reviendrait à intervenir sur la parité dollar/franc».

L’intervention unilatérale d’hier marque en tout cas une escalade dans cette «guerre des changes» que le Brésil évoquait en 2010. Le franc lui-même a fait les frais d’autres interventions, sur le yen : celle, concertée, de mars, et la deuxième, unilatérale, menée par le Japon en août. «Le yen a toujours été la principale devise refuge contre les craintes mondiales, en termes de liquidités, souligne David Bloom, chez HSBC. Ces actions ont stabilisé le yen, mais ont fermé la porte aux flux en quête de refuge». Ils se sont reportés sur le franc.

Les Suisses ayant à leur tour dit stop, où iront ces flux désormais ? Les devises nordiques font des candidats tout trouvés, selon HSBC et Citi. Hier, la couronne danoise s’appréciait de plus de 2% face à l’euro. De quoi alimenter de nouveaux épisodes de la guerre des changes.

INTRADAY EURO FRANC SUISSE
ZOOM
INTRADAY EURO FRANC SUISSE

A lire aussi