La lutte contre le secret bancaire pousse les banques privées suisses à grossir

le 07/09/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les accords fiscaux conclus avec l’Allemagne ou le Royaume-Uni devraient accélérer ce mouvement de consolidation

Le petit monde feutré des banques privées suisses a faim de croissance. L’Union bancaire privée, en phase de reconstruction, a décidé le mois dernier de s’offrir les 15,8 milliards de dollars d’actifs gérés par la filiale helvétique de gestion de fortune d’ABN Amro. Julius Baer, de son côté, a fait de la Suisse son terrain de chasse privilégié pour des acquisitions. La banque cotée dispose à cette fin d’environ un milliard de francs de capitaux excédentaires. Quant à sa consœur Vontobel, également basée à Zurich, une cible en Allemagne ou en Suisse détenant de 4 à 10 milliards de francs d’actifs sous gestion ferait parfaitement l’affaire.

Si les banques privées, au nombre de 166 à la fin de 2010, se lancent dans cette course à la taille, c’est que l’environnement a évolué. La Confédération apparaît de moins en moins accueuillante pour ceux qui souhaitent échapper au fisc de leur pays. Selon le TagesAnzeiger daté de mardi, le gouvernement suisse va se soumettre en partie à l'ultimatum fixé par les Etats-Unis et dévoiler l'identité de certains détenteurs de comptes au sein d’une dizaine de banques. Washington souhaiterait des précisions sur tous les clients américains ayant disposé de comptes d'au moins 50.000 dollars entre 2002 et 2010.

Outre cette pression américaine croissante, les accords fiscaux conclus récemment avec l’Allemagne ou le Royaume-Uni pourraient contribuer à rendre la place financière suisse moins attractive pour des clients étrangers fortunés. Ces accords dits «Rubik» installent un impôt libératoire conséquent, aussi bien sur le stock que sur le revenu des avoirs. Mais en contrepartie de cette taxe reversée aux Etats concernés, l’identité des détenteurs de comptes sera préservée sous certaines conditions. «Ces nouveaux accords vont accélérer la consolidation», estime Andreas Lenzhofer, du cabinet de conseil Booz & Co. «Ils faciliteront le contrôle des risques au sein des portefeuilles de la clientèle», ajoute-t-il.

Aux yeux des observateurs, c’est ce défaut de transparence, rendant problématique l’évaluation des fonds non déclarés dans les actifs sous gestion d’un établissement, qui rendait les acquéreurs timorés. Le cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers s’attend à une multiplication des cessions d’établissements étrangers, les banques suisses indépendantes restant les «acheteurs clés».

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