Le stress bancaire s'amplifie en Europe

le 06/09/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les indicateurs se tendent sur le marché interbancaire et les CDS continuent à s'écarter

Septembre s’annonce aussi noir qu’août pour le secteur bancaire. Les doutes sur le succès du plan de sauvetage grec et l’état de santé des banques européennes se sont exacerbés. A un tel point que le différentiel entre l’Euribor et le taux swap Eonia à 3 mois, qui mesure la défiance des banques à se prêter de l’argent, a dépassé son niveau précédant la faillite de Lehman, à 76 points de base. Le coût pour se financer en dollar a atteint 96,5 pb, un record depuis fin 2008. Les valeurs bancaires ont tiré les indices actions à la baisse.

L’écart entre l’Euribor et le taux swaps Eonia à 3 mois reste encore loin des 189,5 pb enregistrés le 27 octobre 2008 au pire de la crise de liquidité. La défiance entre banques s’est ainsi renforcée, pénalisant les établissements les plus fragiles. Selon la Banque centrale du Portugal, en août, les banques portugaises ont encore accru leur dépendance au guichet de la BCE. Elles y ont emprunté 46 milliards d'euros, contre 44,2 en juillet. Paradoxalement, d’autres banques sont toujours en surplus de liquidités, leurs dépôts auprès de la BCE ayant atteint un plus haut de 151 milliards vendredi. L’eurosystème ne manque donc pas de liquidité: les opérations de refinancement de la BCE avoisinent encore les 457 milliards d’euros, contre un pic de 533 milliards le 16 août. De quoi maintenir l’Eonia bas, autour de 0,87%.

Pour l’instant, l'accès au financement en dollar n'est pas non plus fermé. Le spread que les banques doivent payer pour se financer en dollar en échange d’euro (swap de base de change croisé euro/dollar à 3 mois) a plus que triplé depuis début juillet 2011 où il s’établissait à 30 pb. Bien que la marge soit bien loin des 210 pb observés le 9 octobre 2008, une poursuite de cette dynamique risque d’accélérer la défiance des fonds monétaires américains à leur égard.

L'indice iTraxx qui suit les CDS sur la dette bancaire senior européenne s'est quant à lui creusé de 24 pb à un record de 270 pb. Le financement des banques se tendant, les banques appartenant à l’EuroStoxx Europe 50 ont vu leur cours chuter en moyenne de 6,7%. Les banques françaises ont été particulièrement pénalisées. La Société Générale, qui fait en outre l'objet de poursuite aux Etats-Unis pour son implication dans la crise des subprimes (lire page 13) a cédé 8,64% à 20,25 euros.

Dans ce marché très perturbé, le président de la BCE Jean-Claude Trichet et son successeur, Mario Draghi, ont appelé, lors d'une conférence de l'Institut Montaigne à Paris, à une application rapide de la réforme de la Facilité européenne de stabilité financière (EFSF) annoncée le 21 juillet. «Il est clair que nous avons un besoin absolument immédiat et impérieux que l'ensemble de ces décisions soient mises en œuvre immédiatement», a déclaré le banquier central. Il faut par ailleurs octroyer les ressources suffisantes à l'EFSF pour qu'il ne donne pas l'impression de manquer de moyens, a ajouté Mario Draghi. Les «retards et incertitudes dans le processus risquent de raviver les turbulences sur les marchés», a-t-il prévenu.

Bien que la BCE ait doublé ses rachats de dettes souveraines la semaine passée à 13,3 milliards d'euros, les taux à 10 ans se sont fortement tendus pour la Grèce et  l'Italie: de 106 et 27 pb, respectivement, à 19,13% et 5,57%. Profitant de l'aversion pour le risque, les taux allemands ont chuté de 16 pb à 1,84%, contre 8 pb à 2,67% pour les taux français. Le spread OAT-Bunds s'élargit ainsi de 75 pb à 83 pb.

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