La BCE a des arguments pour rappeler l'Italie à ses devoirs

le 05/09/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Jean-Claude Trichet exhorte Rome à tenir les engagements budgétaires pris en août. Le pays doit encore lever 68 milliards d'euros en 2011

Le message de Jean-Claude Trichet (photo Bloomberg), président de la BCE, constitue un net rappel à l’ordre

Jean-Claude Trichet met les points sur les «i». Dans le cadre d’un long entretien accordé à Il Sole 24 ore le 2 septembre, le président de la Banque centrale européenne a exhorté l’Italie à respecter les engagements d’austérité pris le mois dernier, en plein tempête sur les marchés. «Les mesures annoncées par le gouvernement le 5 août sont extrêmement importantes pour réduire rapidement le déficit et améliorer la flexibilité de l’économie italienne», souligne le banquier central. «Mon message est clair, poursuit Jean-Claude Trichet. Il est essentiel que soient mises en œuvre toutes les mesures qui permettront à moyen terme au potentiel italien de s’exprimer pleinement».

Le message de la BCE, relayé vendredi par un autre de ses membres, Ewald Nowotny, constitue un net rappel à l’ordre. Même si Jean-Claude Trichet nie toute «négociation», l’institution n’a accepté de racheter la dette de l’Italie sur le marché secondaire que sur la foi des nouveaux engagements budgétaires de Rome. Ajustement de 45 milliards d’euros sur deux ans, équilibre dès 2013: pour atteindre ces objectifs très ambitieux, l’Italie a promis des privatisations, une réforme du marché du travail, ou encore une taxe sur les revenus annuels supérieurs à 90.000 euros. Mais les atermoiements de Silvio Berlusconi, qui a abandonné cette idée de taxe comme de changement du calcul des retraites, sèment le doute dans les esprits.

La BCE a pourtant dû surmonter de fortes réticences internes avant de se résoudre à acheter des titres italiens et espagnols. Et ce soutien, chiffré à 44 milliards d’euros en trois semaines, est aujourd’hui essentiel, comme l’ont montré les retours de Rome et Madrid sur le marché primaire la semaine dernière. L’Italie a pu émettre à 10 ans à 5,22%, une nette baisse par rapport aux adjudications de juillet, même si le repli artificiel de ses rendements décourage certains acheteurs.

La circonspection des investisseurs se manifeste sur le marché secondaire: l’écart de rendement avec le Bund allemand à 10 ans a dépassé vendredi les 320 points de base, son plus haut niveau depuis le début des rachats de la BCE. «La résolution rapide des débats en cours et le vote du budget sont importants pour maintenir la stabilité sur le marché», souligne Luigi Speranza, économiste chez BNP Paribas. D’autant qu’il reste à l’Italie 30% de son programme de financement 2011 à lever, soit 68 milliards d’euros.

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