Les offres de liquidité de la BCE ne résolvent pas la défiance interbancaire

le 11/08/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Après l'injection de 49,75 milliards d'euros de fonds à 6 mois, le surplus de liquidité dans le système bancaire avoisine les 133 milliards d'euros

La BCE reste au chevet des banques de l’Eurosystème. Sa nouvelle offre de liquidité à 6 mois (203 jours) illimitée au taux de 1,50% a été souscrite mercredi par 114 banques pour un montant de 49,75 milliards d’euros, contre 45 milliards attendus. «Après les offres de liquidité à 7 jours et 35 jours, il y a désormais un trop-plein dans le système bancaire. Le surplus de liquidité ressort à 133 milliards, contre 82 milliards la semaine passée», précise un trésorier d’une banque française. «Le montant est impressionnant. D’autant plus qu’il tient compte des retraits de liquidité effectués par la BCE, pourtant massifs», ajoute-t-il.

Mardi, le dernier jour de la période de constitution des réserves, la BCE a alloué 157,1 milliards d’euros de fonds à 7 jours et 75,8 milliards à 35 jours. Face à ce déferlement, la BCE a drainé 145,15 milliards de liquidité du système lors d’un appel d’offre rapide inversé souscrit par 121 banques, qui se sont vu offrir un taux de 1,30% en échange de leurs fonds. Les retraits de liquidité à un taux de 1,30% expliquent la tension de l’Eonia, mardi, de 0,92 % à 1,21%. Le trésorier s’attend à ce que les banques prennent de l’avance dans la nouvelle période de constitution des réserves qui a commencé hier. Ce qui devrait nourrir la détente de l’Eonia vers les 1%.

Cette opération de drainage explique aussi la chute des dépôts auprès de la BCE de 145,2 milliards lundi, à 62,5 milliards mardi. Ewald Nowotny, membre de la BCE, a déclaré mardi s'inquiéter de la hausse des dépôts, jugeant cette dynamique comme un «mauvais signe». Le fait que certaines banques en excès de liquidité préfèrent se présenter aux guichets de l’institution et se faire rémunérer à un faible taux de 0,50% est un signe clair de défiance à l’égard des autres banques. D’ailleurs, à la suite de la rumeur démentie de perte du «AAA» de la France, le spread Euribor-Swap Eonia à 3 mois a stagné à 69 pb, contre 72,2 pb le jour de la chute de Lehman.

Une poursuite de la nervosité du marché pourrait amener les fonds monétaires américains à accélérer leur désengagement du secteur bancaire européen. Selon JPMorgan, ceux-ci ont encore réduit, en juillet, leurs détentions de titres court terme émis par les banques de la zone euro, de 38 milliards de dollars à 340 milliards.

A lire aussi