Les Etats-Unis ne rassurent pas sur leur dette

le 02/08/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les marchés déplorent l'absence de résolution de soutenabilité de la dette. Ne manque que le vote du Sénat

Bien qu'il évite aux Etats-Unis de faire défaut, l’accord bipartisan qui permet de relever de 2.400 milliards de dollars le plafond de la dette, approuvé hier soir par les Représentants avant un vote final des Sénateurs aujourd’hui, ne résout pas les problèmes de déficit et de soutenabilité de l'endettement soulevés par les agences. Le risque de dégradation du pays persiste et les marchés ont affiché leur déception. L'aversion pour le risque a fait chuter l’euro de 1,44% face au billet vert.

La nervosité a battu son plein hier après l'accord budgétaire arraché dimanche par l'administration Obama. Tandis que les Bourses étaient en forte hausse en matinée, les marchés ont fini dans le rouge. Le CAC 40 a abandonné 2,2% à 3.588 points, contre -0,09% et -0,43% pour le Dow Jones et le Nasdaq. Face aux divergences fiscales des deux partis politiques, le marché doute plus que jamais de la capacité des Etats-Unis à éviter une dégradation de leur note, actuellement en catégorie AAA. D'après BNP Paribas, «S&P a mentionné qu'elle voulait voir des économies de 4.000 milliards de dollars. Ce plan échoue à le proposer.» 

Au vu des divisions politiques fortes, la banque estime que les coupes budgétaires seront insuffisantes et n'empêcheront pas la dette de continuer à grimper à un niveau excessif. «Il y aura une crise de confiance ou bien les Etats-Unis seront tentés, en l'absence de hausses d'impôts suffisantes ou de coupes des dépenses, de monétiser leur dette, au vu de la hausse des taux d'inflation.»

«L’accord politique aux Etats-Unis ne permet que d’éviter le défaut technique. Il ne répond guère aux préoccupations des agences de notation ni des investisseurs, qui sont l’évolution du PIB, des taux d’intérêt et du déficit budgétaire, autrement dit la solvabilité du pays, qui dans les conditions actuelles ne peut être assurée qu’avec un ratio déficit/PIB de 3 %», précise René Defossez, stratégiste taux chez Natixis. Selon lui, aujourd’hui, bien que beaucoup d’investisseurs parient sur une dégradation de «AAA» à «AA+» de la note du pays, les investisseurs continuent d’acheter des Treasuries à long terme car ils restent les emprunts d’Etat les plus liquides. Ce qui a pour effet de nourrir la détente des taux longs et de surcroit l'aplatissement de la courbe des taux. Alors que les taux à 1 mois américains se sont détendus de 2 pb à 0,1470%, les taux à 10 ans ont continué à perdre 5,5 pb à 2,74%.  L'écart 10-2 ans a baissé hier de 244 à 237 pb. Il avait atteint un pic de 288 pb début février. La situation rend l’entame de la normalisation de la politique de taux de la Fed encore plus compliquée.

La nervosité s'est propagée sur le marché des changes. A la lecture des mauvais chiffres ISM américains en juillet, le dollar, qui perdait 0,4% à 1,4454 lundi matin, a rebondi de 1,4% face à l’euro, de 1,9% face à la livre, de 1,2% par rapport à la couronne suédoise et de 0,5% face aux dollars australien et néozélandais. «Le billet vert a bénéficié d’un rebond purement technique face aux principales devises nourri par un mouvement d’aversion pour le risque généralisé, en dépit des limites de l’accord budgétaire aux Etats-Unis», explique Nordine Naam, stratégiste change chez Natixis. Selon lui, dans le cas où le marché actions arriverait à se stabiliser, cette situation ne devrait pas durer à moyen long terme au regard de la menace de dégradation du pays.

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