Rome et Madrid s'approchent du point de non-retour

le 19/07/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les taux italiens et espagnols à 10 ans continuent à s'écarter dans l'attente du sommet de jeudi

Si les autorités européennes attendaient des tests de résistance une accalmie sur les marchés, c’est raté. Outre une nouvelle séance de baisse de l’indice Eurostoxx 50 des banques, qui a perdu 3,5% hier et 13,8% depuis le 7 juillet, la journée a été marquée par un regain de tension inquiétant sur les rendements de l’Italie et de l’Espagne. Les taux à 10 ans des deux pays se traitaient hier soir à 5,95% et 6,3%. Au-delà du coût (5,8%) auquel la Grèce et l’Irlande se financent auprès du FMI et de leurs partenaires européens, et à 100 points de base du niveau qui leur fermerait sans doute l’accès aux marchés.

Le résultat des tests de résistance bancaire, avec 8 banques recalées pour un déficit en capital de 2,5 milliards, était trop optimiste pour convaincre qui que ce soit. Les analystes, qui ont fait tourner leurs propres modèles, certes théoriques, évaluent à plusieurs dizaines de milliards d’euros le besoin de recapitalisation réel du secteur en cas de décotes sur les dettes souveraines.

La réaction de certaines autorités de tutelle laisse également songeur. Alors que cinq banques espagnoles ont échoué aux tests, la Banque d’Espagne s’est empressée vendredi de déclarer qu’aucune d’entre elles n’aurait à renforcer ses fonds propres. En tenant compte de leurs provisions génériques et de leurs obligations obligatoirement convertibles en actions, toutes passeraient le ratio de solvabilité de 5% requis. «Nous craignons que d’autres superviseurs nationaux n’adoptent l’attitude de l’Espagne et refusent d'obliger les banques les plus faibles à lever du capital», s’inquiétaient hier les analystes de Barclays Capital.

Guère rassurés par les stress tests, les investisseurs ne le sont pas davantage par le flou artistique qui entoure le sommet prévu le 21 juillet. L’absence de leadership européen est toujours criante, à l’image de la chancelière allemande Angela Merkel déclarant ce week-end qu’elle ne se rendrait au sommet qu’en présence d’un plan de sauvetage de la Grèce clairement défini. La BCE, prêteur en dernier ressort des banques grecques, campe sur ses positions et rejette tout défaut sélectif du pays. Pour la seizième semaine consécutive, elle n’a procédé à aucun rachat de dette souveraine sur le marché secondaire, contrairement à la rumeur qui avait circulé la semaine dernière.

Parmi les solutions à l’étude, celle d’une refonte de la Facilité européenne de stabilité financière (EFSF) semble la plus urgente aux yeux des investisseurs. Paul Achleitner, le directeur financier d’Allianz, a estimé hier qu’Athènes pourrait s’appuyer sur les fonds de l’EFSF afin d’échanger sa dette à 70% de sa valeur nominale.

La contagion des tensions à l’Espagne ou à l’Italie réclame cependant une réforme plus large. Les pays de la zone euro en ont-ils les moyens ? L’EFSF devrait être doté d’une force de frappe de 2.000 milliards d’euros pour pouvoir, si besoin, financer Madrid et Rome, calculent les économistes de RBS. Pour cela, il devrait bénéficier de 3.500 milliards de garanties de la part des pays européens qui contribuent au fonds. Au cas où l’intégralité de ces garanties serait comptabilisée en dette, l’Allemagne, la France et les Pays-Bas verraient leur ratio d'endettement sur PIB s’alourdir de 28 points, 27 points et 25 points. «A ce niveau d’engagement, nous voyons une menace pour la note AAA de la France, mais aussi de l’Allemagne et des Pays-Bas», estime RBS. Et sans «triple A», plus d’EFSF.

taux espagnols et italiens
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