La BCE ouvre la porte à d'autres hausses de taux

le 08/07/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Jean-Claude Trichet redit son opposition à un défaut même sélectif sur la dette grecque

Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, n'a pas dérogé à son habitude. Un mois après avoir évoqué une «forte vigilance», il a annoncé hier une hausse de 25 points de base (pb) du refi à 1,50%. Pour lui, le risque inflationniste est toujours en hausse et la politique monétaire reste «accommodante». Un nouveau relèvement des taux pourrait donc avoir lieu au quatrième trimestre, peut-être dès octobre, lors de la dernière réunion présidée par Jean-Claude Trichet.

Plusieurs éléments confortent l'hypothèse d'une nouvelle hausse du refi d'ici la fin de l'année. Certes, la BCE a reconnu une certaine décélération de la croissance au deuxième trimestre, mais elle estime toujours que la dynamique est positive et que les risques sur la croissance sont équilibrés. D'après ses projections de début juin, elle table sur une croissance de 1,9 % dans la zone euro cette année. L'inflation est toujours jugée élevée. En juin, elle est ressortie à 2,7 %, stable par rapport à mai, mais supérieure à la projection de début juin de la BCE, à 2,6 % pour 2011.

Avant de pré-annoncer un nouveau geste, Jean-Claude Trichet devrait cependant attendre les nouvelles projections de son institution en septembre prochain. «Le fait que Jean-Claude Trichet se soit abstenu de dire si les anticipations de marché sur les taux de la BCE étaient raisonnables renforce notre vue qu'il veut attendre les projections de septembre et qu'il préfère encore se laisser le choix», analyse Martin van Vliet, économiste chez ING. Hier, les marchés ont revu en baisse leur anticipation de hausse des taux de la BCE à un an de 76 points de base (pb) à 63 pb.

Mais la crise persistante de la dette périphérique ne semble pas remettre en question la volonté de normalisation de la politique monétaire de la BCE. «De nouvelles preuves d'une contagion sur les marchés et des répercussions négatives du secteur financier sur l'économie réelle pourraient bien sûr remettre en cause le processus de normalisation. Mais ceci reste d'après nous considéré comme le scénario risqué, plutôt que le scénario central», explique Ken Wattret, chef des économistes de marché pour la zone euro chez BNP Paribas.

La BCE campe aussi sur ses positions au sujet d'une participation des créanciers privés à un réaménagement de la dette grecque. Celles-ci se résument à «pas d'événement de crédit et pas de défaut», même sélectif. La banque centrale a cependant adapté sa politique de prise en pension suite la dégradation de la dette du Portugal en catégorie spéculative par Moody's. La dette souveraine portugaise ne sera donc plus soumise à des exigences de notation pour être apportée en garantie au financement des banques auprès de la BCE. L'institution a déjà pris des décisions similaires pour la Grèce et l'Irlande. Elle travaille par ailleurs à une solution spécifique pour les banques aujourd'hui dépendantes de ses injections de fonds.

Jean-Claude Trichet en a profité pour, à son tour, critiquer les agences de notation, en particulier leur procyclicité. «Un petite structure oligopolistique n'est pas ce qui est probablement souhaitable au niveau de la finance mondiale, a-t-il expliqué. Des travaux sont en cours à ce sujet et il serait naïf de penser que nous avons une solution facile à appliquer. Le sujet est complexe». Il l'est d'autant plus que la BCE a choisi de se fonder sur les notes desdites agences pour évaluer les titres qu'elle prend en pension.

A lire aussi