Fitch entrouvre une porte de sortie de crise sur la dette grecque

le 20/06/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

En évoquant le maintien de la note à CCC dans le cas d’un accord de Vienne, l’agence permet à la BCE d’accepter les obligations comme collatéral

Fitch met la BCE face à ses dogmes. L’agence de notation a ouvert une porte dans les négociations concernant le deuxième plan de restructuration de la dette grecque, dans l’impasse du fait de la divergence de points de vue sur le traitement des créanciers privés. Jusqu’à présent, les agences ont prévenu qu’elles considèreraient tout rééchelonnement de la dette grecque comme un «événement de crédit», ce qui motive l’hostilité de la BCE à cette solution.

Le nœud de la réticence de la BCE concerne la note de la dette souveraine grecque et ses effets domino. Or, Fitch a indiqué que, dans le cas d’un accord de Vienne (où les créanciers privés renouvelleraient leur exposition à l'échéance des titres), elle envisageait de dégrader temporairement l’IDR (Issuer Default Rating) de la Grèce à «défaut restreint». Mais elle conserverait la note de chaque obligation d’Etat à CCC. La différence est subtile, mais elle permet à la banque centrale de continuer à accepter les obligations comme collatéral et de refinancer ainsi le système bancaire grec. Membre de la BCE, Lorenzo Bini Smaghi, avait ouvert la porte à un compromis en indiquant que l’autorité réexaminait de manière continue les titres éligibles à ses opérations de prêts.

«Si une seule agence continue à noter la dette grecque éligible comme collatéral même si un roulement temporaire est effectué, cela permettrait d’apporter une aide importante à la résolution du problème» dans la mesure où la BCE «n’aurait pas à faire volte-face sur sa position d'aucun défaut sélectif », estime Holger Schmieding, économiste chez Berenberg Bank.

Au lendemain de la dégradation de la note grecque par S&P à CCC, Ewald Nowotny, membre de la BCE, avait pointé du doigt le rôle clé pris par les agences dans les négociations. «Sur le terrain du marché des obligations, la situation est en grande partie entre les mains des agences de notation».

La balle est revenue dans le camp de la BCE, comme dans le dossier irlandais. L’Irlande a ainsi évoqué la possibilité que les porteurs d’obligations seniors d’Anglo Irish et Irish Nationwide ne soient pas remboursés au pair. Un coup de bluff, puisque des créanciers seniors d’Anglo Irish ont été totalement remboursés une semaine plus tôt sur une ligne de 200 millions, qui néanmoins vise à infléchir la position de la BCE.

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