Le risque politique grec fait trembler les marchés

le 17/06/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Un accord sur une nouvelle tranche d'aide se dessine, mais le gouvernement vacille à Athènes

Sur la colline de l'Acropole, le 16 juin 2011. Photo: Kostas Tsironis/Bloomberg

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel (photo) se réuniront aujourd’hui à Berlin pour trouver un terrain d’entente sur le sauvetage de la Grèce, et la participation des créanciers privés au deuxième plan d’aide. Afin de sortir de l’impasse, l’Europe privilégie désormais une approche en deux temps: le déblocage d'une cinquième tranche d’aide, au menu de l’Eurogroupe qui débutera dimanche soir à Luxembourg, puis la fixation des contours du nouveau plan de soutien en juillet. A moins que le risque politique croissant à Athènes ne bouleverse ce calendrier.

L’échec du Premier ministre grec George Papandréou à former un gouvernement d’unité nationale est en effet devenu l’inquiétude numéro un des investisseurs. Le chef de l’Etat a subi des défections dans son propre parti, le Pasok. Son programme de stabilité à 5 ans prévoit un vaste plan de privatisations et une réduction du déficit à 1,1% du PIB en 2015 (contre 10,5% l’an dernier). Mais rien ne dit que George Papandréou sera capable de former un nouveau gouvernement pour appliquer cette purge. Un vote de confiance du parlement est attendu mardi prochain.

«Il devient de plus en plus évident que le vrai risque pesant sur le plan d’aide vient de la Grèce elle-même, souligne David Mackie, économiste chez JPMorgan. Il existe une probabilité croissante qu’un nouveau gouvernement soit formé et veuille renégocier les termes du paquet, avec moins d’austérité et de privatisations à la clé». Pour les stratégistes taux de la Société Générale, «il y a un sentiment répandu en Grèce que le pays sert de victime, et a donc le droit moral de faire défaut». Les déclarations polémiques de Dublin sur une mise à contribution des créanciers seniors des banques répondent à la même logique politique.

Le regain d’instabilité politique à Athènes a occulté hier le ton plus conciliant de ses partenaires européens. Les partisans d’un simple renouvellement volontaire (rollover) des créances privées sur la Grèce s'opposent certes toujours à ceux qui, comme Berlin, prônent une extension des maturités, synonyme de défaut. Pour débloquer la situation, l'Union européenne a adopté sa méthode favorite: repousser à plus tard le traitement du problème.

«Je suis confiant dans le fait que dimanche l'Eurogroupe décidera du décaissement de la cinquième tranche de prêts à la Grèce pour début juillet», a indiqué Olli Rehn, le commissaire européen aux Affaires économiques. Le FMI, qui subordonnait jusqu’à présent le versement des fonds à une solution d’ensemble, se contenterait désormais d'un engagement de soutien à la Grèce de la part de l'Europe, et dit « anticiper une issue positive» dimanche. Athènes a besoin de cette tranche de 12 milliards pour payer 3,1 milliards d’euros de coupons les 19 et 20 juillet, et rembourser 6,6 milliards d’obligations le 20 août. S’agissant du nouveau programme d’aide et de la participation du secteur privé, l’Europe visera «une décision au prochain Eurogroupe du 11 juillet», selon Olli Rehn.

Une «issue positive» est nécessaire vu la nervosité des marchés. Tous les indicateurs de risque sont restés dans le rouge hier: baisse des indices actions et notamment des bancaires, écartement des indices de crédit (cash et CDS), swap spreads sur les Treasuries à 2 ans, hausse du franc suisse… L’Espagne a bien réussi à placer 2,84 milliards d’euros sur des lignes 2019 et 2026, mais en payant des rendements respectifs de 5,37% et 6,02%, plus de 30 points de base supérieurs à leurs niveaux d’il y a dix jours.

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