La gestion du fonds souverain libyen apparaît au grand jour

le 27/05/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Mise en cause, la Société Générale a vendu à LIA trois produits structurés qui étaient en moins-value de 740 millions de dollars mi-2010

Global Witness, l’ONG britannique, a lancé un pavé dans la mare en dévoilant le rapport de gestion interne à fin juin 2010 de la Libyan Investment Authority (LIA). Le fonds souverain libyen, fort de 53,3 milliards de dollars, a placé ses avoirs dans plusieurs banques et hedge funds occidentaux, avec parfois à la clé de lourdes pertes, comme sur des produits structurés vendus par la Société Générale.

La banque française a indiqué hier qu’elle «travaille avec de nombreux fonds souverains, toujours dans le respect complet des règles et des lois. Dans les situations de gel d'avoirs, elle applique strictement les sanctions internationales en vigueur». Même si rien ne lui interdisait, avant le gel des avoirs libyens à l’étranger au printemps 2011, de gérer ces fonds, la banque n’en voit pas son image grandie. D’autant que les produit vendus à LIA n’ont pas servi les intérêts de ce dernier.

Ces révélations jettent en tout cas un coup de projecteur inédit sur la gestion d’un fonds souverain. La poche alternative du portefeuille de LIA, déléguée, concentre l’attention. D’un prix de revient de 5,3 milliards, les produits structurés et parts de fonds valaient moins de 3,9 milliards à fin juin 2010, après la correction des marchés liée à la crise grecque. A elle seule, la Société Générale a vendu trois produits structurés (actions et crédit) de 1,8 milliard, tombés à 1,06 milliard. Deux d’entre eux affichent des reculs depuis l’origine de 72% et 50%, et le troisième un gain de 13%. LIA accuse aussi de lourdes pertes sur des fonds de Cheyne Capital, Permal ou Millenium. Enfin, des options sur actions et change, acquises 1,25 milliard de dollars, valaient quasiment zéro.

La plupart de ces investissements sont antérieurs à 2008. LIA a ainsi acheté à Lehman Brothers pour 300 millions de dollars de CPPI, un produit de crédit à la mode jusqu’en 2007, dont la valeur a été réduite à néant.

Le gros du portefeuille est constitué malgré tout de dépôts à termes (37%) et de parts dans des filiales (31%). Les placements obligataires de 3,4 milliards, dont 1,5 milliard délégués à Nomura, Western et BNY, sont investis en majorité en Treasuries et titres bancaires. Le portefeuille actions, lui, était constitué de 55 lignes, dont 12 stratégiques (comme les 1,19% dans Lagardère). Fin juin 2010, le fonds était notamment actionnaire de Lafarge (1,34%), EDF (0,94%), GDF (0,81%) ou France Télécom (1%).

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