La BCE joue son va-tout dans le dossier grec

le 20/05/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La banque centrale menace de ne plus prendre en garantie des dettes qui auraient été restructurées

En quelques heures, pas moins de six membres de la Banque centrale européenne (BCE) ont réaffirmé leur hostilité totale à une restructuration, même douce, de la dette grecque, Jürgen Stark ayant été le plus tranchant mercredi. Une position qui contraste avec le discours plus coulant de certains responsables politiques européens ces derniers jours. Isolée, la banque centrale brandit l'arme atomique: refuser de prendre en garantie de la dette publique restructurée dans ses opérations de refinancement des banques.

Le risque de contagion à l’ensemble du système financier est le principal argument de l’institut d’émission. La BCE n’a pas non plus envie d’enregistrer des pertes sur son portefeuille obligataire. Sur les 76 milliards d’euros de dette souveraine périphérique qu’elle a achetée sur les marchés depuis un an, environ 40 milliards seraient des titres grecs, estime Barclays Capital.

Mais le débat s’est déplacé hier sur la qualité du collatéral que la BCE est prête à accepter dans ses opérations de refinancement. Refuser de prendre en garantie de la dette restructurée signerait la mort du système bancaire grec. A fin mars, celui-ci se finançait à hauteur de 88 milliards d’euros auprès de la BCE. Cela étant, une restructuration douce poserait, à un degré moindre, des problèmes similaires puisque la valeur des actifs apportés en garantie diminuerait.

Rien dans les règles de fonctionnement de la BCE ne la force à rejeter telle ou telle garantie. «Cette décision reste largement discrétionnaire», note Jacques Cailloux, chez RBS. La BCE peut décider d’exclure certains collatéraux de ses opérations de refinancement, d’en limiter l’usage ou d’appliquer à leur valeur des décotes supplémentaires, comme, à l’inverse, elle avait assoupli ses conditions l’an dernier pour continuer à accepter des titres grecs dégradés par les agences de notation.

En revanche, «le mandat de la BCE lui impose de défendre la stabilité financière et exigerait probablement de la banque centrale qu’elle continue à soutenir le système en acceptant une forme de collatéral», juge l’économiste de RBS. David Mackie, chez JPMorgan, estime quant à lui politiquement «intenable» la position de la BCE. «Si l’on rejette tout type de restructuration à tout moment, la zone euro finira par reprendre à sa charge l’ensemble du passif du souverain», écrit-il, ce qui n’inciterait guère la Grèce à poursuivre ses efforts d’austérité. La logique de la BCE va donc à-rebours de celle des chefs d’Etat européens, qui ont posé fin mars comme principe la participation des créanciers privés en cas de difficulté d’un Etat.

A lire aussi