« Nous lancerons dans les prochains mois une consultation sur les ETF »

le 09/05/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Steven Maijoor, le président de l’Autorité européenne des marchés financiers (Esma), détaille pour « L'Agefi » les priorités de son mandat

Steven Maijoor, président de l'ESMA. Photo: dr

L'Agefi: Où en est la mise en place d’une supervision paneuropéenne des agences de notation?

Steven Maijoor: Nous sommes dans la phase d’enregistrement, au niveau des autorités nationales qui ont reçu les demandes. Ensuite, Esma sera chargée de vérifier directement les exigences de gouvernance, de transparence, d’indépendance. J’espère que nous pourrons effectuer nos premières visites sur site cette année.

La régulation fait une part trop grande aux notations des agences. Faut-il s’en «désintoxiquer» comme l’a dit le FMI?

C’est une des questions posées par la dernière consultation de la Commission européenne. Certes, nous devons éviter de trop nous reposer sur ces notations. En même temps, le fait même que nous les supervisions montre que ces agences jouent un rôle important dans le fonctionnement des marchés financiers. Il faut être réaliste: elles auront toujours une fonction économique.

Que pensez-vous de l’idée d'une agence européenne, éventuellement publique, évoquée par Michel Barnier?

Il est bon d’avoir plusieurs options. S’agissant d’une agence publique, je vois deux types de problèmes. Les premiers ont trait à l’indépendance, cruciale pour avoir une notation crédible. Les seconds sont ceux de l’équité de la concurrence entre une organisation financée par des gouvernements et des agences privées.

Comment abordez-vous la révision de la directive Marchés d’instruments financiers?

Nous avons produit l’an dernier beaucoup de conseil technique à ce sujet. La directive MIF a apporté jusqu’à présent plus de concurrence mais aussi beaucoup de dispersion entre les différents lieux de négociation. Cela pose la question de savoir si cette dispersion est réellement efficace en termes de formation des prix et d’information pour les investisseurs, mais aussi pour les émetteurs qui ne savent pas forcément où leurs titres sont négociés. Actuellement, nous nous penchons sur le trading à haute fréquence. Esma aura aussi un rôle à jouer pour définir quels produits dérivés tomberont sous le coup de l’obligation de trading sur un marché organisé qui sera créée pour certains produits dérivés dans la directive MIF 2. Le critère de liquidité sera sûrement un facteur déterminant important.

Quelle est votre réaction à l’enquête de l’autorité européenne de la concurrence sur les CDS?

A chacun son mandat. Mais bien sûr je suis en faveur de la concurrence. Si l’autorité de la concurrence a des besoins d’information ou veut connaître notre avis, nous serons heureux de les lui fournir.

Etes-vous favorable à ce que les chambres de compensation aient un accès à la liquidité banque centrale?

Les chambres de compensation vont devenir des organisations très importantes, ce qui peut soulever des problèmes de stabilité. Elles ont besoin d’être suffisamment liquides et solvables, y compris en cas de problème. Nous travaillerons de concert avec le réseau européen des banques centrales pour trouver des solutions.

Plusieurs rapports, notamment du Conseil de stabilité financière, signalent que les ETF deviennent de plus en plus sophistiqués et risqués. Qu’en pensez-vous?

Nous observons depuis un moment cette tendance à offrir des produits de plus en plus complexes aux investisseurs, y compris sur le marché de détail. Les ETF en font partie. Vous pouvez vous attendre à ce qu’il y ait une consultation sur ces OPCVM complexes, y compris les produits de hedge funds commercialisés sous le format Ucits, dans les prochains mois. Le CSF a raison de souligner qu’il y a des risques associés à ces produits, particulièrement s’ils sont synthétiques. Nous devons comprendre, en tant que régulateurs, comment ils sont structurés et comment ils fonctionnent, pour des raisons de stabilité mais aussi de traitement des investisseurs particuliers.

Pour suivre tous ces chantiers, prévoyez-vous de renforcer vos équipes?

Notre organisation a besoin de grandir. Fin décembre, nous avions 45 salariés. Nous en aurons 75 à la fin de cette année et 100 à environ 120 fin 2012. Cela dépend en partie des tâches qui nous serons confiées par les législateurs. Si nous devons faire plus, il nous faudra être plus nombreux.

Pouvez-vous vous offrir des spécialistes à la hauteur, compte tenu des salaires élevés de l’industrie financière?

A voir la qualité des CV que nous recevons, je pense que nous sommes compétitifs. Au reste, dans ma carrière, j’ai vu des gens très bien payés prendre de très mauvaises décisions et d’autres avec un salaire moyen en prendre de très sages. L’argent n’est pas la mesure de toute chose.

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