Warren Buffett fait amende honorable devant ses actionnaires

le 02/05/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le financier a reconnu publiquement porter sa part de responsabilité dans l'affaire de délit d'initié qui secoue la société d'investissement

Le «Woodstock pour les capitalistes» n'a pas électrisé les foules. Réunis samedi au QWest Center d'Omaha, dans le Nebraska, les 40.000 actionnaires de Berkshire Hataway attendaient de cette traditionnelle grand-messe qu'elle leur apporte des éclaircissements sur l'affaire de délit d'initié qui ébranle la société d'investissement. Il est reproché à son ancien lieutenant, David Sokol, d'avoir acquis des titres Lubrizol, un groupe de chimie et de lubrifiants, tout en menant des discussions en vue de son rachat. Une opération qui a été conclue pour 9 milliards de dollars et qui a permis, à celui qui était alors présenté comme le dauphin de Warren Buffett, d'empocher une plus-value de 3 millions de dollars.

Le «sage d'Omaha» a qualifié ces agissements «d'inexplicables et d'inexcusables». Son associé Charlie Munger a enfoncé le clou en expliquant la conduite de Sokol par des «prétentions démesurées». «J'ai assurément fait une grosse erreur en ne demandant pas : quand avez-vous acquis ces titres ?», a néanmoins reconnu Warren Buffett. Ce dernier a usé de la même rhétorique que celle employée lors du scandale de la banque d'investissement Salomon Brothers il y a 20 ans, un établissement qu'il a détenu en partie et dont il assuré la présidence. «Perdez de l'argent de la société, et je serai compréhensif», avait déclaré Buffett à l'époque. «Perdez une once de réputation de la société, et je serai sans pitié». Une formule célèbre qui n'a recueilli cette fois que de maigres applaudissements.

La défense de David Sokol n'a pas tardé à réagir. «David Sokol est profondément attristé que M. Buffett, qu'il considérait comme un ami et un mentor, l'ait dénigré comme il l'a fait aujourd'hui [samedi]», a réagi son avocat, qualifiant l'attitude de Warren Buffett de «volte-face». Outre les spéculations sur le nom du futur patron de Berkshire Hataway, les débats ont porté samedi sur l'appétit de la holding en matière d'acquisitions. Warren Buffett a indiqué viser au moins deux opérations de la taille de Lubrizol. Il a également fait un point sur l'activité d'assurance, affectée par les événements au Japon et en Nouvelle-Zélande. Cette situation exceptionnelle pourrait déboucher sur la première perte annuelle en neuf ans dans ce segment.

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