La Chine utilise l’arme des changes comme bouclier anti-inflation

le 02/05/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La moindre dépendance de l'économie chinoise au commerce extérieur permet aux autorités de fixer le cours pivot du yuan sous le seuil des 6,50

La convergence des intérêts chinois et américain risque d’accélérer la hausse du yuan. Alors que des rumeurs circulent sur une nouvelle hausse des taux directeurs le 2 mai, la devise chinoise a franchi vendredi le seuil psychologique des 6,50 yuans pour un dollar, un niveau qu'elle n'avait plus connu depuis 17 ans. Sur le marché au comptant de la Bourse de Shanghai, le yuan est tombé à 6,4898, alors que la Banque Populaire de Chine a fixé le cours pivot à 6,4990.

Si l’appréciation, de plus de 5% depuis sa désolidarisation du dollar en juin 2010 et de 1,5% depuis le début de l’année, reste modeste au regard de la très vive dépréciation du dollar face aux autres monnaies, elle s’inscrit dans un processus de long terme. Depuis la réforme monétaire lancée par Pékin en 2005, la devise s’est appréciée de 27,5%.

Les craintes d’un dérapage des prix ne sont pas étrangères à ce mouvement. D’ailleurs, comme le souligne CM-CIC, «par son arrimage à la monnaie américaine, le yuan continue de baisser face aux autres devises, ce qui a des conséquences sur l’inflation importée.» L’inflation a atteint 5,4% en mars et pourrait accélérer à 5,6% en mai et juin, selon l'agence officielle Xinhua. Et Pékin d’afficher clairement son intention d’utiliser l’arme monétaire afin d’alléger la facture de ses importations, notamment de matières premières.

Le pays s’est d’ailleurs préparé à un tel changement, en réduisant la dépendance de sa croissance au commerce extérieur. La Banque mondiale estime dans un rapport publié jeudi dernier que la contribution de l’excédent de la balance commerciale, qui devrait se monter à environ 200 milliards de dollars en 2011 et 2012, à la croissance devrait se limiter à 0,2 point de pourcentage en moyenne sur la période. L’institution a révisé ses prévisions de croissance à 9,3% pour 2011 et 8,7% en 2012. En 2010, la contribution du commerce extérieur s’était déjà réduite à 0,8 point sur les 10,3% de croissance enregistrés, contre une moyenne de 2,4 points sur les 10 dernières années.

Un officiel chinois estimait la semaine dernière qu’une hausse de la devise de 5%, soit une parité à 6,20 contre dollar, serait «appropriée» pour calmer les tensions inflationnistes. Les analystes sondés par Bloomberg s'attendent en moyenne à une nouvelle appréciation de 3,1% d'ici à la fin de l'année, pour atteindre une parité de 6,30.

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