Le Japon se fait rappeler à l'ordre par S&P sur ses finances publiques

le 27/04/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'agence a abaissé la perspective de la note AA- du pays de stable à négative, le coût du séisme devant aggraver le déficit de 2 points de PIB en 2011

Standard & Poor’s met une pression supplémentaire sur le gouvernement japonais. L’agence de notation a annoncé ce matin qu’elle abaissait la perspective de la note de la dette à long terme du Japon, actuellement AA-, de stable à négative, estimant que le coût du séisme et du tsunami du 11 mars allait aggraver les finances publiques nippones déjà très dégradées. L'agence prévoit des coûts de reconstruction compris entre 20.000 et 50.000 milliards de yens (167 et 417 milliards d'euros) avec une prévision moyenne de 30.000 milliards.

Or, S&P estime que si aucune mesure budgétaire n’est prise, telle qu’une augmentation du taux de TVA de 5% à 20% comme le souhaite l’OCDE, les pouvoirs publics assumeront l'essentiel de ce coût, ce qui grossira le déficit public de 2 points de PIB cette année et d'un point en 2012. Le déficit public devrait ainsi rester supérieur à 8% du PIB jusqu'en 2014, et non 2013 comme précédemment estimé.

Le gouvernement a prévu une première rallonge budgétaire de quelque 4.000 milliards de yens, mais est resté très vague sur son mode de financement. Une nouvelle rallonge est d’ailleurs d'ores et déjà prévue, mais son financement reposera cette fois sur l'émission d'obligations d'Etat. Les marges de manœuvre du premier ministre, Naoto Kan, sont limitées, l'opposition conservatrice pouvant bloquer les projets du gouvernement grâce à la majorité qu'elle détient à la Chambre haute du Parlement.

Un officiel de la Banque du Japon cité par Reuters estime que la banque a rempli sa mission en fournissant suffisamment de liquidités à l’économie durant la crise pour soutenir l’économie à court terme. En plus des interventions sur le marché des changes, la BoJ a en effet étendu son programme de rachat d’actifs de 10.000 milliards de yens le mois dernier. Elle exhorte à présent le gouvernement de procéder à des coupes budgétaires substantielles visant à réduire le déficit structurel du pays et rétablir la confiance des marchés.

Si une hausse du rendement des obligations d’Etat (JGB) entrainerait le Japon dans une trappe à dette, qui est actuellement deux fois supérieure aux 5.000 milliards de PIB dégagés par l’économie nipponne, l’impact de cette annonce a été limité sur le taux JGB 10 ans, en hausse de 0,5 point de base à 1,22%, alors que l’indice Nikkei progressait de près de 1%. Seul le yen a reculé de 81,55 à 81,73 contre dollar.

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