Jean-Claude Trichet remet les taux de changes sur le devant de la scène

le 26/04/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le président de la BCE a réitéré son avis qu’un dollar fort était dans l’intérêt américain, alors que l'euro a atteint jeudi un niveau de 1,4649

On commence à y voir plus clair dans la stratégie menée par la BCE. Après avoir durci son discours de politique monétaire et procédé à une première hausse des taux directeurs visant à endiguer tout risque de dérapage inflationniste, la BCE souhaite maintenant s’attaquer à l’euro qui ne cesse de grimper, malgré une montée du risque souverain qui menace les économies périphériques. Si son président, Jean-Claude Trichet, a réitéré sa vigilance vis-à-vis des risques d’effets de second tour dans un entretien accordé à deux journaux finlandais, il a également investi le thème des changes en estimant qu’il partageait «entièrement» le point de vue exprimé par les Etats-Unis qu’un dollar fort était dans l’intérêt américain, mais également de tous les pays.

Des propos qui font écho à ceux tenus jeudi dernier, alors que l’euro progressait de 8,7% depuis le début de l’année pour atteindre son plus haut niveau depuis décembre 2009 à 1,4649. Ce matin, le cours de l’euro contre dollar refluait à la Bourse de Tokyo à 1,4523 suite à ces déclarations. La semaine dernière, les positions longues sur l’euro-dollar ont atteint 62.195 contrats, contre un plus haut de trois ans atteint la semaine précédente de 64.985 contrats, selon les données de la CFTC. «Je ne prends pas à la légère le fait que Jean-Claude Trichet parle du dollar plutôt que de l’euro. Les autorités européennes s’étaient déjà inquiétées en 2007 que l’euro dépasse les 1,45 dollar et avaient tenté d’enrayer la chute du dollar» estime Minori Uchida, analyste chez Mitsubishi UFJ.

Alors qu’une monnaie forte sert de bouclier à l’inflation importée, le durcissement de la politique monétaire de la BCE lui donne aujourd’hui plus de marges de manœuvre pour voir refluer sa devise et permettre aux entreprises européennes de regagner en compétitivité. Néanmoins, Natixis estime que «en l’absence de changement de ton de Ben Bernanke, un retournement du dollar paraît peu probable d’ici le mois de juin» et qu’une hausse temporaire à 1,50 était probable. Et de rappeler qu’à long terme, «il n’existe aucun marché aussi liquide et profond que celui des Treasuries permettant de placer les centaines de milliards des réserves de changes des banques centrales émergentes et des pays producteurs de pétrole», malgré les efforts de la Chine pour diversifier ses réserves de change en achetant de l’euro, du yen ou du sterling.

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