La Fed est attendue sur sa stratégie de sortie

le 26/04/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

A l'issue du comité de politique monétaire, Ben Bernanke s'expliquera demain sur l'après-QE2

Ben Bernanke, photo: Chris Rank/Bloomberg

Ben Bernanke présidera demain une réunion historique. Pour la première fois, et quatre fois par an désormais, le comité de politique monétaire de la Fed sera suivi d’une conférence de presse où le président de la banque centrale pourra expliquer les choix du FOMC, à l’image d’un Jean-Claude Trichet à la BCE. Une initiative qui tombe à pic, alors que le QE2, le programme d’achats de Treasuries par la Réserve fédérale, symbole de sa politique monétaire ultra-accommodante, prend fin en juin.

Une chose est sûre, la Fed mettra à jour demain ses prévisions économiques. Elle pourrait revoir légèrement à la baisse la croissance 2011, en raison d’un début d'année mitigé. Le consensus des économistes l’a précédée ces dernières semaines (L’Agefi Quotidien du 15 avril). La banque centrale aura en main la première estimation pour la croissance du PIB américain à fin mars, qui sera publiée ce jeudi.

Dès lors, les investisseurs n’attendent pas de réel changement de ton dans le communiqué de la Fed. Mais ils guetteront dans l’intervention de Ben Bernanke le moindre indice sur l’avenir du QE2 et la stratégie de sortie. Annoncé en novembre dernier à 600 milliards de dollars, hors réinvestissements estimés entre 250 et 300 milliards, le programme d’achats d’actifs de la Fed ne devrait pas, de l’avis général, se prolonger au-delà du mois de juin. Il a en effet atteint son but: les craintes de déflation et de double récession sont dissipées outre-Atlantique, l’investissement s’est réorienté vers les actifs à risque (avec une hausse de 28% du S&P 500 depuis août). Et si la courbe des taux s’est décalée vers le haut (de 90 pb pour le 10 ans, à 3,40%), «cette remontée aurait sans doute été plus importante sans les achats de Treasuries par la Fed», note Natixis.

Les avis divergent en revanche sur la suite des événements. La Fed laissera-t-elle son bilan se réduire progressivement au fil des tombées de Treasuries, ou réinvestira-t-elle cet argent dans de nouveaux emprunts d’Etat, comme elle l’a fait avec ses titres hypothécaires? «Nous pensons que le comité décidera en définitive de maintenir la taille du bilan à son niveau de fin juin 2011», estime Michael Gapen, chez Barclays Capital. L’impact des réinvestissements des seuls Treasuries doit être relativisé. «Si la Fed restait totalement passive, son bilan diminuerait de 15 à 20 milliards de dollars par mois, ce qui équivaudrait à un resserrement monétaire très modeste, relève Michael Gapen. Pour mémoire, la Fed a estimé que 500 milliards d’actifs à son bilan correspondent en gros à 50 ou 75 pb de baisse des taux directeurs».

Reste que mesurer les effets de la fin du QE2 tient du casse-tête. La Fed a couvert le gros des besoins de financement des Etats-Unis, qui ont emprunté 829 milliards de dollars ces six derniers mois. «Les marchés devront absorber un flux bien plus élevé d’émissions, ce qui pèsera sur les actifs à risque au deuxième semestre», estime Barclays. Les classes qui ont profité des injections massives de liquidité de la Fed – même si celle-ci s’en défend – sont exposées à des corrections: actions, matières premières… Sans parler d'une tension prévisible des taux longs américains.

Lorsque la Fed commencera à préparer le marché à l’étape suivante, celle d’un relèvement des taux que le consensus prévoit courant 2012, elle pourrait enfin mettre un terme à la dépréciation du dollar contre toutes les devises. Mais ce changement de rhétorique n’est pas attendu au moins avant l’été.

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