La Fed est tentée de maintenir ses taux pour financer la dette publique

le 05/04/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Ben Bernanke a indiqué que la hausse de l'inflation est transitoire, alors que Timothy Geithner alerte sur un défaut possible sur la dette

La Fed a le doigt entre l’enclume et le marteau. Son président Ben Bernanke a dit hier soir s’attendre à ce que la hausse du prix des matières premières fasse rebondir l’inflation, mais de manière «temporaire». «Tant que les anticipations d’inflation demeurent stables et bien ancrées», et que le prix des matières premières augmente de matière progressive, «la hausse de l’inflation devrait être temporaire». Après la multiplication des discours «hawkish» de la part d’un nombre croissant de membres de la Fed, ces propos font écho à ceux de son fidèle disciple, le président de la Fed de New York William Dudley, qui alertait vendredi «contre le risque d’être trop optimiste dans un climat de faiblesse continue de la demande intérieure et de vulnérabilité face aux multiples chocs externes » avec un taux de chômage encore élevé à 8,8%.

Ben Bernanke précise néanmoins que «nous devons suivre très attentivement l’évolution des anticipations d’inflation et si mes prévisions devaient s’avérer inexactes nous serions certainement contraints d’agir pour maintenir la stabilité des prix». Pour l’heure, si les marchés estiment à 80% la probabilité d’une première hausse de taux de 50 points de base en mars 2012, les points morts des swaps inflation à 5 ans s’affichent à 2,50% et les prix du pétrole dépassent les 120 dollars par baril, des plus hauts depuis 2008.

«On peut donc penser que les anticipations de hausse des taux directeurs devraient se renforcer comme c’est le cas depuis quelques semaines» estime Natixis. D’ailleurs, suite à ces déclarations, l’euro et le yen reculaient face au dollar. Le risque pour la Fed est d’intervenir trop tard et d’être «behind the curve».

Mais la Fed doit composer avec un bras de fer entre républicains et démocrates qui rend la situation budgétaire explosive. Le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, a lancé cette nuit une alerte en faveur d’un relèvement du plafond d’endettement de 14.294 milliards de dollars, sans quoi les Etats-Unis toucheront la limite légale sur leur capacité d’emprunt avant le 16 mai et pourrait faire défaut sur leur dette d’ici le 8 juillet. Si une telle éventualité semble improbable, l’état des finances publiques inquiète les marchés, avec une dette de 14.218 milliards au 31 mars et en hausse de 125 milliards par mois, et pourrait contraindre la Fed à repousser ses hausses de taux pour ne pas alourdir le fardeau.

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