Lisbonne interpelle l'Europe sur la dette

le 01/03/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le Portugal demande à l'UE de prendre des mesures convaincantes pour surmonter la crise

Alors que la coalition élue en Irlande fait craindre des tensions entre Dublin et l'axe Bruxelles-Francfort s'agissant d'une renégociation des termes du plan d’aide de l’UE et du FMI, le ministre des Finances portugais, Fernando Teixeira dos Santos, a prévenu hier qu'une réduction du déficit et des réformes seraient vaines si l’Europe n’engageait pas de mesures fortes pour résorber la crise de la dette. Les taux irlandais et portugais à 10 ans flirtaient lundi avec leurs plus hauts à 9,34% et 7,51%. 

Lisbonne met clairement les leaders de la zone euro devant leurs responsabilité à quelques jours du sommet européen du 11 mars, qui sera suivi des réunions des ministres des finances et des leaders de l’UE, les 24 et 25 mars. «Il est temps de comprendre qu'il doit y avoir une réponse européenne à la crise, a déclaré hier le Premier ministre José Socrates, cette réponse doit être européenne parce que c'est un problème systémique»«Nous avons rencontré l’agence de la dette publique portugaise, l’IGCP, quelques ministères et la Banque centrale du pays. Les autorités portugaises considèrent les réunions des 24 et 25 mars comme un tournant possible, précisent les stratégistes crédit d’UniCredit. Une solution globale à la crise de la zone euro déclencherait, selon eux, une correction significative des spreads portugais». Pour l'heure, les taux à 10 ans portugais restent proches de leur record à 7,51%.

Mais l’émergence d’un nouveau gouvernement en Irlande ne fait pas l’affaire des Européens qui ont mis sur pied le plan d’aide à l’Irlande et sont peu disposés à le renégocier. Selon Deutsche Bank, Dublin tenterait sans aucun doute de renégocier le taux d’intérêt du prêt – fixé à 5,8% - et éventuellement d'impliquer dans le sauvetage des banques irlandaises une portion plus importante de leurs créanciers obligataires. Cependant, la banque allemande estime que «l’UE et la BCE seront probablement contre des décotes financières additionnelles pour éviter tout risque systémique et devraient seulement discuter du taux de prêt si les Irlandais font des concessions». La banque cite l’exemple de l’impôt sur les sociétés.

Alors qu'Enda Kenny, le leader du parti Fine Gael, rencontrera la Chancelière allemande Angela Merkel à Helsinki ce vendredi lors d’une rencontre entre 14 chefs d’Etats de la zone euro, le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schaüble, a rappelé hier que l’Allemagne ne reviendrait pas sur les conditions mises en place pour le sauvetage des pays de la zone euro et ne serait prête à aucun compromis. Le cas irlandais permettra de savoir si les partis politiques nouvellement élus au sein de l’Europe manifesteront la même solidarité au projet de l’UE que les candidats sortants.

SG CIB estime que les négociations à Bruxelles en mars sont source de préoccupation. «Si l’Europe ne permet pas à l’Irlande de faire défaut sur sa dette bancaire senior, la question est alors de savoir si l’Europe aidera l’Irlande à payer la note», s'interroge la banque française. Malgré les zones d'ombres, les taux à 10 ans irlandais ont campé hier à 9,34% sur leurs niveaux de vendredi. SG CIB estime que le niveau des spreads des pays périphériques de la zone euro (Portugal, Irlande, Grèce) «intègrent déjà probablement les difficultés de négociation en matière de contraintes budgétaires effectives». Le spread de taux Portugal-Allemagne à 10 ans s'établissait hier à 434 pb contre 439 pb vendredi. Celui entre l'Irlande et l'Allemagne s'est figé à 617 pb. 

portugal irlande taux
ZOOM
portugal irlande taux

A lire aussi