En dévaluant sa monnaie, le Vietnam prend ses voisins asiatiques à contre-pied

le 14/02/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La banque centrale a décidé de dévaluer le dông de 9,3 % pour réduire le déficit commercial, mais en risquant de relancer une inflation déjà à 12,2 %

Le Vietnam jette de l’huile sur le feu des tensions inflationnistes. Alors que la plupart des pays asiatiques sont engagés dans un durcissement de leur politique monétaire et d’appréciation de leur devise afin de lutter contre les tensions inflationnistes, la banque centrale vietnamienne a pris un pari inverse. Elle a annoncé vendredi sa décision de dévaluer sa monnaie de 9,3% en fixant la parité du dollar à 20,693 dôngs, contre 18.932 auparavant, soit le quatrième mouvement de ce type en 15 mois. La bande de fluctuation du taux de change a également été réduite de 3% à 1%. Si cette décision était largement attendue, les investisseurs ont en revanche été surpris par son ampleur, faisant grimper les spreads du CDS 5 ans de 20 points de base à 3,95%.

Alors que plusieurs monnaies de la région se sont fortement appréciées en 2010 sous l'effet de l'arrivée massive de capitaux étrangers, le dông (non convertible) a perdu 13,6% contre le dollar depuis novembre 2009. La dévaluation a pour objectif «d'assurer la liquidité du marché, de contribuer à réduire le déficit commercial et de soutenir la mise en œuvre de politiques monétaires plus actives et flexibles», explique la Banque centrale. Elle a également pour but de réduire l’écart de 10% entre taux de change officiel et réel, la peur de l’inflation poussant les Vietnamiens hors du système bancaire vers le dollar et l’or. Malgré une croissance du PIB qui a atteint 6,8% en 2010, le pays est plombé par un déficit de 1 milliard de dollars en janvier.

Mais le Vietnam joue avec le feu. Le pays fait en effet face à une inflation qui a atteint 12,2% en janvier malgré des taux d’emprunt proches des 20%. De plus, le déficit abyssal de la balance des paiements assèche les réserves de changes, qui sont tombées à seulement 14,1 milliards de dollars fin septembre 2010. Et la faillite frauduleuse de l'entreprise publique Vinashin a laissé une ardoise de 5 milliards de dollars à l'Etat. Ces difficultés ont d’ailleurs amené Moody's, Fitch et S&P à abaisser la note du Vietnam à la fin de l'année dernière, quatre crans sous le niveau de la catégorie investissement. «Le Vietnam a besoin d’une politique restrictive plus agressive afin de contenir les risques de surchauffe et restaurer la confiance des acteurs locaux dans le dông», estime Christian De Guzman, analyste chez Moody’s.

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