La BCE recadre le marché sur l'inflation

le 04/02/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Malgré des tensions à court terme, l'institution voit des prix stables à moyen terme

Jean-Claude Trichet, hier, a recadré les anticipations de hausses de taux qui avaient surréagi à son discours de janvier. A l’issue du nouveau statu quo monétaire de la BCE, son président a de nouveau fait le constat de signes de tensions à court terme sur l'inflation globale, nourries pour l'essentiel par les prix de l'énergie. Mais il ajouté que la stabilité des prix sera maintenue à moyen terme. Des propos qui ont fait chuter les taux à 2 ans allemands de 15 pb à 1,33% et l’euro/dollar de 1,381 à 1,362.

«Les risques pesant sur les perspectives d'évolution des prix à moyen terme restent globalement équilibrés, comme indiqué en janvier, mais pourraient s'orienter à la hausse», a souligné Jean-Claude Trichet. Selon le banquier central, les taux d'inflation pourraient au cours des prochains mois temporairement augmenter encore pour s'établir à un niveau supérieur à 2% durant la majeure partie de l'année 2011, avant de se modérer à nouveau vers la fin de l'année. En dépit de cette clarification sur le risque inflationniste à court terme qui devrait durer un moment, le marché des titres indexés sur l’inflation est resté de marbre. Les anticipations d’inflation à 10 ans en zone euro, telles que reflétées par les points mort d’inflation, ont reflué de 5 pb de 2,08% à 2,03%. D’ailleurs, l’analyse monétaire de l’institution fait pour l’instant ressortir des tensions inflationnistes contenues à moyen terme. «Les anticipations d'inflation restent solidement ancrées à un niveau compatible avec notre objectif de maintenir l'inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2%, à moyen terme», a ajouté le banquier central.

Aux yeux d’ING, le gouverneur de la BCE s’est comporté de sorte de ne pas envoyer de nouveaux signes agressifs même s’il n’a pas changé de ton. D’après UniCredit, Jean-Claude Trichet a été extrêmement attentif à éviter de mettre davantage en avant sa rhétorique de l’inflation. La banque transalpine estime que ce dernier a «plus marqué que d’habitude la distinction entre les pressions sur les prix à court et moyen terme et a, de la sorte, probablement préparé le marché à une révision à la hausse le mois prochain des projections d’inflation de la BCE». Car au-delà des perspectives pour 2011, la prévision actuelle de la BCE de 1,5% en 2012 laisse selon l’établissement italien encore beaucoup de place pour une révision des prévisions sans remettre en question la stabilité à moyen terme du niveau des prix.

La mise au point de Jean-Claude Trichet a eu pour effet de recadrer les anticipations de hausses de taux. De fait, le taux de l’Eonia anticipé à horizon 11 mois (janvier 2011) s’est détendu de 12 pb à 1,457% hier. De même, celui des contrats Euribor 3 mois à échéance juin et décembre 2011 se détendait respectivement de 7 et 11 pb à 1,405% et 1,83%.

Au bout du compte, la BCE, qui ne s’est pas prononcée hier sur une hausse imminente des taux, semble avoir les mains encore liées pour longtemps. D’après ING, il faudrait à la fois que les leaders européens présentent définitivement leurs solutions pour résorber la crise de la dette souveraine, que les négociations salariales en Allemagne se traduisent par de vraies hausses de salaires et que les tests de résistance des banques européennes soient positifs, pour amener à un changement de politique monétaire. Des éléments attendus au cours du premier semestre 2011.

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