La BCE apparaît comme l'ultime recours

le 01/12/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La vitesse de propagation de la crise de la dette souveraine plaide pour des rachats d'actifs

Tous les regards se tournent vers la Banque centrale européenne (BCE) à la veille de sa décision de politique monétaire. La journée de mardi a encore apporté son lot de tensions sur la dette périphérique et financière, avec, fait nouveau depuis quelques jours, une contagion à des souverains jusqu’à présente immunisés, comme l’Italie et la Belgique. Alors que la situation pourrait conduire la BCE à reporter sa stratégie de retrait de liquidités, un nombre croissant d’observateurs plaident pour une reprise du programme de rachats d'actifs.

Si les spreads grecs, irlandais et portugais, sur des marchés très peu liquides, ont continué logiquement à décaler à la hausse, les mouvements sur les dettes espagnoles, italiennes et même belges, plus liquides, sont inquiétants. Le taux à 2 ans italien, par exemple, s’écartait de 36 pb hier après-midi, à 3,11%, au niveau des taux espagnols il y a 5 jours, alors que les fondamentaux du pays sont meilleurs. Et la tendance ne semble pas près de s’inverser dans les prochaines semaines sans élément nouveau susceptible de modifier la psychologie du marché. D’autant qu’à l’approche de la fin d’année, les gestions n’ont pas intérêt à accroître leur exposition sur cette classe d’actifs.

«Un nombre croissant d’investisseurs ne veulent toucher à aucun prix à la dette périphérique et financière (surtout subordonnée) pour le moment, compte tenu de l’incertitude, relève Jim Reid, stratégiste chez Deutsche Bank. C’est un signe inquiétant pour ceux qui jugent que le problème est surévalué: si les acheteurs désertent le marché, l’analyse microéconomique devient secondaire». Ce retrait contribue à la baisse de l'euro/dollar, passé sous 1,30 hier. Pour trouver de nouveaux acheteurs de dette souveraine, une solution se dessine: «augmenter sensiblement les achats de la BCE», selon SG CIB.

«La BCE est l’unique source de liquidité illimitée et prend ses décisions sans le feu vert politique ou populaire, c’est donc la seule institution à pouvoir agir avec la rapidité et l’envergure suffisantes pour mettre fin à l’instabilité financière», plaidait lundi Willem Buiter, chef économiste de Citigroup, dans une note.

La semaine s’achevant le 26 novembre, la BCE a racheté pour 1,35 milliard d’euros d’obligations d’Etat en zone euro. Ce qui porte le montant du programme à 67 milliards depuis son lancement en mai dernier, après l’appel à l’aide de la Grèce. C'est beaucoup et peu à la fois. Les gérants de Stelphia AM calculaient hier qu’un programme équivalent à celui mis en place par la Banque d’Angleterre sur les Gilts représenterait, en zone euro, 1.300 milliards de rachats.

Reste que la banque centrale est loin de cette ligne. Axel Weber, prétendant déclaré à la succession de Jean-Claude Trichet, s’était désolidarisé en mai de l’annonce de rachats d’obligations publiques. La BCE, dont le quart des injections de liquidités était destiné aux banques irlandaises, a quasiment forcé Dublin à accepter l’aide de ses partenaires. Soucieuse de ne pas devenir le seul bailleur de fonds des banques portugaises (lire ci-dessous), elle «fait pression aujourd’hui sur le Portugal», a estimé hier le ministre irlandais de la Justice, Dermot Ahern. Autant dire que les investisseurs ne se font guère d’illusions sur la réunion de demain. Une prolongation des injections illimitées à 3 mois de la BCE, censées être limitées en taille après janvier 2011, serait déjà une avancée.

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