Les inquiétudes gagnent la dette financière

le 25/11/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les investisseurs sont de plus en plus soucieux de leur sort en cas de restructurations bancaires

Les obligations des Etats périphériques emmènent les dettes financières dans leur sillage. L’exposition des banques à la dette souveraine et l’incertitude quant au sort réservé aux obligataires dans le cadre des probables restructurations bancaires incitent les investisseurs à la plus grande prudence. L’indice iTraxx qui suit l’évolution du coût de la protection contre le risque de défaut des dettes financières subordonnées a de nouveau grimpé hier, de 7,2 points de base (pb) à 268 pb et celui sur les dettes financières seniors de 4,4 pb à 158 pb.

«En Irlande, comme en Grèce, le sauvetage de l’Etat va impliquer une restructuration du secteur bancaire, rappelle Sébastien Barthélémi, analyste crédit chez Louis Capital Markets. L’impact sur la dette subordonnée est fort car il y a une réelle volonté des autorités de faire partager les pertes au secteur privé, en particulier aux porteurs de dettes lower Tier 2.» Premier exemple, les porteurs d’une ligne LT2 de Anglo Irish vont échanger leurs titres avec une décote de 80%. Pour l’heure, les porteurs de dette senior sont épargnés et les autorités ont confirmé qu’elles n’envisageaient pas de la mettre à contribution.

Mais l’inquiétude monte.«Les obligataires seniors vont probablement partager le coût de la crise, ce qui contraste fortement avec les pratiques du marché, estime Roberto Henriques, analyste taux chez JPMorgan cité par Bloomberg. Même au pire moment de la crise actuelle, il était généralement admis que la dette senior était intouchable». Que les discussions actuelles débouchent ou non sur une nouvelle régulation à grande échelle, «les propos actuels sur une participation du secteur privé à la restructuration des banques augmentent les inquiétudes des investisseurs qui pourraient être contraints d’accepter une décote sur les dettes en portefeuille ou une conversion partielle en actions, des solutions qui remplaceraient un sauvetage mettant uniquement à contribution l’Etat», expliquent les stratégistes de BNP Paribas CIB.

Parallèlement, les dettes souveraines périphériques restent sous pression. Le rendement à dix ans de l’Irlande s’est écarté hier de 40 pb à 8,6%. Sur les autres obligations d’Etats périphériques, l’écartement est plus modeste. Le mouvement sur les spreads par rapport au Bund a en outre été limité compte tenu de la tension sur le Bund suite à l’adjudication. Du coup, le spread sur la dette portugaise à dix ans s’est réduit à 400 pb, s’éloignant du seuil de 450 pb à partir duquel la chambre de compensation LCH.Clearnet peut demander aux investisseurs un appel de marge supplémentaire. Toutefois, ce répit pourrait être de courte durée.

Hier, des révélations sur les projets allemands en matière de participation du secteur privé au sauvetage des Etats ont en effet renforcé les inquiétudes. D’après Reuters, l’Allemagne souhaite intégrer des clauses d’action collective aux émissions de dettes souveraines de la zone euro dès 2011 alors que les Etats européens avaient évoqué cette possibilité à partir de 2013 seulement. Ces clauses permettraient aux Etats, après le vote des porteurs obligataires, de restructurer sa dette, par exemple en la rééchelonnant. «Comme ces clauses ne porteront que sur les nouvelles émissions, il faudra du temps avant que la part d’obligations soit suffisante pour permettre à cet outil d’être utilisé durant une crise», indique toutefois la note.

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