La crise irlandaise fait tache d'huile

le 24/11/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'Espagne a dû payer hier le prix fort pour ses émissions de bons du Trésor

Comment éviter la contagion ? La question se pose avec acuité aux responsables européens. Leur plan d’aide à l’Irlande a échoué à calmer les marchés. Et les tests de résistance menés cet été sur les banques en Europe, qu'Allied Irish Bank et Bank of Ireland avaient réussis, ont désormais perdu toute crédibilité. Si les investisseurs semblent penser que le Portugal suivra les traces de Dublin, c’est l’Espagne qui a payé hier, à tort ou à raison, le coût de la contagion lors d’une émission de bons du Trésor.

Madrid a placé hier 3,25 milliards d’euros de bons à 3 mois et 6 mois, dans le bas de la fourchette de 3 à 4 milliards d’euros proposée. La demande des investisseurs s’est révélée plutôt soutenue, dans la mesure où elle a excédé l’offre de 2,34 fois et 2,65 fois, respectivement, sur les deux lignes. Mais le coût de financement du souverain a flambé. A 3 mois, le rendement s’est élevé à 1,743%, contre 0,95% un mois plus tôt. A 6 mois, le coût de financement est passé de 1,28% à 2,11%. Le montant alloué dans le bas de la fourchette laisse penser que Madrid a préféré réduire ses emprunts plutôt que d’emprunter le maximum possible au prix fort.

L’ensemble des rendements des pays périphériques se sont tendus hier. A 4,85%, le taux à 10 ans espagnol se traitait à 230 points de base au-dessus des taux allemands. Les titres des banques ont également souffert.

Entre les déclarations alarmistes des dirigeants allemands sur l’euro, l’absence de détails sur le plan d’aide à l’Irlande, et le flou entourant le mécanisme de résolution de la crise d’un Etat après 2013, les marchés ont toutes les raisons d’être nerveux. Quant au Fonds européen de stabilité financière (FESF), il n’est plus le simple filet de sécurité qu’il prétendait constituer. «On nous avait expliqué que le FESF ne devait jamais être activé et que sa seule existence servirait à stabiliser les marchés. Ce plan a échoué», estime Derek Halpenny, patron de la recherche change européenne chez BoTM-UFJ.

Compte tenu des règles qu’il s’est fixées pour obtenir une note AAA, les capacités de prêt du Fonds restent certes préservées malgré les défections grecques et irlandaises. «En réalité, nous estimons que le FESF peut prêter jusqu’à 255 milliards d’euros. En y ajoutant le mécanisme européen de stabilisation de 60 milliards, et une contribution supplémentaire du FMI de 50%, le paquet atteint en fait autour de 475 milliards d’euros», estime la recherche taux de SG CIB. Mais si l’Espagne, le vrai test systémique pour la zone euro, devait un jour être secourue, «un autre mécanisme de sauvetage devrait être envisagé».

Un nombre croissant d’observateurs ont une solution en tête: la restructuration de dette. Robert Lynch, stratégiste chez HSBC, critique «le choix de l’Irlande de garantir les créanciers des banques du pays et pas simplement les déposants. Le problème clé de la zone euro est que l’on a fait reposer entièrement le fardeau du service de la dette sur le contribuable, au lieu de forcer les créanciers à en assumer une partie». Pour les stratégistes de SG CIB, «il existe des manières de limiter les dégâts subis par les portefeuilles bancaires, par exemple en allongeant les maturités plutôt qu’en dépréciant les actifs». De quoi nourrir le débat sur une éventuelle participation des créanciers seniors, alors que les porteurs juniors (comme chez Anglo Irish) prennent déjà leur part de l’effort.

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