Banques irlandaises: le coût du sauvetage augmente

le 22/11/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'aide à Dublin renforce la perspective de pertes pour les créanciers subordonnés des banques

L’accord trouvé cette nuit entre l’Union européenne, le FMI et l’Irlande confirme une chose: les créanciers subordonnés des banques irlandaises seront appelés à mettre la main à la poche. Le plan s’apparente à un sauvetage indirect des prêteurs locaux. AIB va demander 6,6 milliards d'euros à l'Etat au lieu des 5,4 milliards annoncés. L’idée fait son chemin chez les porteurs de dette. Ceux d’Anglo Irish, visés par une offre d'échange de leurs titres, se sont résolus à prendre leurs pertes.

«Le marché anticipe qu’un plan d’aide à l’Irlande sera conditionné à une restructuration du système bancaire, qui pourrait prendre la forme de décotes imposées sur la dette subordonnée», estime Greg Venizelos, stratégiste crédit chez BNP Paribas à Londres. Au-delà du cas irlandais, politiques et régulateurs s’y déclarent favorables. Vendredi, les CDS sur dette subordonnées des banques européennes se sont nettement écartés, notamment sur les banques portugaises (+75 pb environ pour BES et BCP à près de 900 pb) et espagnoles.

La participation des créanciers subordonnés privés est d’autant plus inévitable que la santé des banques irlandaises se dégrade. Tout en relevant à 6,6 milliards ses besoins en capitaux, Allied Irish Bank (AIB) a admis avoir perdu 13 milliards d’euros de dépôts, soit 17% de sa base, sur les neuf premiers mois de 2010. Son recours au financement BCE a triplé, à 27 milliards, depuis fin juin.

Alors que Dublin travaille à une loi qui permettrait d’associer les créanciers subordonnés aux pertes, plusieurs solutions sont possibles: échange forcé en actions ou en dette senior, dépréciation du principal avec ou sans clause de retour à meilleure fortune, extension de la maturité… «Cela serait douloureux, mais supportable à l’échelle du marché», estime BNP Paribas, qui exclut en revanche une participation des créanciers seniors. La dette subordonnée d’Allied Irish Bank (AIB) se monte à 4,5 milliards d’euros, celle de Bank of Ireland atteint 4,4 milliards.

Anglo Irish a déjà annoncé vendredi que les porteurs de sa ligne lower tier 2 d’échéance 2016, d’un nominal de 500 millions d’euros, avaient accepté d’échanger leurs titres avec une décote de 80%. Le résultat du vote était particulièrement attendu en raison d’une clause dite de «sweep out» destinée à placer les créanciers devant un dilemme : en approuvant l’offre d’Anglo Irish, ils autorisaient aussi la banque à racheter de force, à 0,01% du pair, les porteurs qui auraient voté contre le projet. Certains créanciers s’étaient fédérés pour tenter de bloquer le processus, mais la majorité (plus de 75%, seuil requis) a préféré ne pas prendre le risque de se retrouver plus tard dans la position du vendeur forcé.

Une assemblée des porteurs de la ligne 2017 doit également se tenir demain. Au total, en échangeant trois lignes lower tier 2 et des dettes perpétuelles d’un montant total de 2 milliards d’euros, Anglo Irish espère gagner 1,6 milliard et renforcer d’autant ses fonds propres.

Ce n’est pas la première fois que les créanciers subordonnés d’une banque européenne sont mis à contribution. «Il y a déjà eu des réductions de nominal en Allemagne», explique un analyste crédit, sans compter les multiples reports ou suspension de coupons, que la Commission européenne a imposés aux banques aidées par les Etats. Mais le cas Anglo Irish pourrait faire école.

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