L’Irlande fait de la résistance à l'aide européenne

le 15/11/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L’incertitude demeure sur la capacité du pays à se financer à partir de mi-2011

Photo: Bloomberg

Les spreads sur la dette irlandaise se sont nettement détendus vendredi dernier grâce à la déclaration de cinq Etats européens lors de la réunion du G20. Le taux irlandais à dix ans s’est resserré de 72 points de base (pb) à 7,9% après un record à 8,9% le 11 novembre. Mais la résistance faite dimanche par l’Irlande, se refusant à toute aide hypothétique des pays européens, devrait relancer dès aujourd’hui les inquiétudes des investisseurs et faire remonter les taux des économies périphériques.

Tout avait plutôt bien débuté vendredi. En effet, dans leur déclaration, diffusée au G20, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni avaient souhaité clarifier les projets européens sur les mécanismes de restructuration de la dette souveraine en expliquant que les créanciers privés ne seront pas mis à contribution dans le fonds de stabilité européen EFSF, opérationnel jusqu’à mi-2013. «L’EFSF est déjà mis en place et son activation ne nécessite pas la participation du secteur privé», ont assuré les cinq pays européens.

C’est dans le nouveau dispositif, qui fonctionnera à compter de mi-2013 que les créanciers pourraient être mis à contribution.Les cinq payscitent trois manières possibles de procéder. D’abord, les investisseurs institutionnels prendraient des engagements volontaires pour maintenir leurs expositions.Les créanciers privés s’engageraient aussi à renouveler leurs encours. Enfin, des clauses d’action collective seraient intégrées dans les futures émissions obligataires des Etats de la zone euro. Concrètement, chaque classe obligataire donnée voterait pour accepter, ou non, une éventuelle offre de restructuration.

Mais la bonne nouvelle de la victoire de la majorité aux élections régionales en Grèce dimanche, qui devrait rassurer les marchés sur la poursuite des réformes engagées et donc sur la crédibilité du plan de réduction des déficits publics, a été complètement éclipsée par les réticences affichées par l’Irlande à toute idée de plan de sauvetage de son économie par les autorités européennes.

Rappelant qu’il a les ressources nécessaires pour se financer jusqu’à mi-2011, le pays ne souhaite pas se précipiter dans un appel à la solidarité européenne prématurément. Cependant, en 2011, les besoins de financement du pays s’élèveront à 23,5 milliards d’euros et un nombre croissant d’économistes tablent sur un recours à l’EFSF. Le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, s’est d’ailleurs déclaré prêt à intervenir à tout moment. «Si à un moment donné, demain, dans deux mois ou deux ans, l’Irlande a besoin du soutien du FMI, nous serons prêt» a-t-il avancé.

C’est pour cette raison que l’Union européenne souhaite des actions concrètes et rapides et met la pression sur l’Irlande pour accepter une aide immédiate qui permettrait de calmer les tensions des dettes souveraines dans la zone et ainsi un reflux de la monnaie unique. En effet, les Etats ne souhaitent pas attendre que l’Irlande soit en situation de banqueroute pour intervenir.

L’enjeu est de taille, notamment pour l’Allemagne. Jusqu’à présent la pression a été mise sur des économies périphériques de la zone, mais les investisseurs craignent de plus en plus une contagion à des pays comme l’Espagne ou l’Italie qui poserait des problèmes non seulement économiques mais également politiques alors que la monnaie unique est déjà soumise à rude pression, faisant les frais d’une guerre des changes entre l’Asie et les Etats-Unis.

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