L'efficacité des politiques monétaires peut être discutée

le 28/10/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La politique monétaire du monde est fortement expansionniste. Dans le G7, les taux sont très faibles (inférieurs à 1%) pour stimuler la demande domestique et soulager le désendettement. Fed et Banque d'Angleterre (BoE) financent les déficits publics par des achats directs de bons du Trésor. Du côté des émergents, asiatiques surtout en raison de la dépendance des économies aux exportations, les banques centrales freinent l’appréciation des devises en emmagasinant les réserves de change (de 250 à 2.500 milliards de dollars en Chine en moins de dix ans). Avec des taux directeurs nettement supérieurs au G7, l’afflux de capitaux vers les émergents est à nouveau aussi fort qu’avant la crise.

Si les motifs d’expansion monétaire diffèrent, le résultat est le même: une abondance croissante de la liquidité. Le phénomène n’est pas nouveau. Cela fait plus de dix ans que la base monétaire mondiale croît à vitesse exponentielle et dévie de la tendance linéaire suivie par l’économie réelle. La crise n’a fait que renforcer cet écart. Depuis la faillite de Lehman, la base monétaire mondiale a augmenté de 2.900 milliards de dollars et le PIB mondial de moins de 780 milliards. L’imminence du QE2 aux Etats-Unis et en Angleterre n’arrangera certainement pas les choses. Le résultat? Une hausse des cours de tous les actifs financiers, quelles que soient les perspectives de croissance réelle.

Mais cette inclination de la politique monétaire du monde a des limites, car avec l’expansion sans fin de la monnaie, sa qualité se dégrade. Et si le cours de tous les actifs monte, on voit aujourd’hui que celui des actifs tangibles augmente plus rapidement. Sur un an, l’indice actions MSCI monde et l’indice global obligations de JPMorgan progressent de 3,9%, le panier CRB de matières premières de 23%, et l’once d’or se renchérit de 35%.

La conséquence de cette fuite vers les actifs tangibles peut être un choc d’inflation par les matières premières. Il affecterait la croissance mondiale et contraindrait les banques centrales qui ne veulent pas perdre en crédibilité à changer de politique.

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