La Fed joue une partie serrée sur l'inflation

le 19/10/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Des tensions sont réapparues sur la partie longue de la courbe des taux américaine

Si la Fed souhaitait ancrer des anticipations d’inflation en hausse chez les acteurs économiques, c’est réussi. La partie longue de la courbe des taux américaine a pris une pente nettement plus raide ces quinze derniers jours, l’écart entre le 30 et le 10 ans atteignant 142 points de base. La réaction logique des marchés aux déclarations de la Réserve fédérale montre que la stratégie de cette dernière n’est pas sans risque. Sa communication à l'issue du prochain comité de politique monétaire, les 2 et 3 novembre, sera d'autant plus décisive.

Tout en laissant attendre un nouveau round d’assouplissement quantitatif (le «QE2») en novembre, la Fed a indiqué dans ses «minutes» réfléchir au moyen d’augmenter les anticipations d’inflation, par exemple en se fixant un objectif chiffré. Elle espère ainsi faire passer les taux d’intérêt réel en territoire négatif.

Le marché obligataire se retrouve dès lors pris entre deux feux. La perspective d’un nouvel assouplissement quantitatif a pesé dès la mi-août sur l’ensemble de la courbe, avec une détente des rendements particulièrement marquée sur les taux à 5 ans, de 30 pb en un mois, et à 10 ans (-22 pb). Mais depuis quinze jours, les craintes d’une résurgence de l’inflation à moyen long terme poussent les rendements à la hausse sur le compartiment 10-30 ans. Pour preuve, les points morts d’inflation à 10 ans sur les emprunts d’Etat américains indexés sur l’inflation (TIPS) ont augmenté de 38 pb depuis le 1er octobre.

«Même si la hausse des anticipations d’inflation peut être souhaitable du point de vue de la Fed car elle réduit les taux réels, la hausse des primes de risque d’inflation témoigne d’une inquiétude des investisseurs quant à une erreur de politique monétaire», estiment les stratégistes taux de Bank of America Merrill Lynch. Le marché obligataire prend ainsi en compte «le défi, en termes de communication et de mise en œuvre», que représentera la gestion de ces anticipations.

La Fed devra se montrer d’autant plus subtile dans sa communication en novembre que les investisseurs parient aussi sur un assouplissement massif. «Le marché a déjà pris en compte près de 1.000 milliards de dollars de rachats d’actifs supplémentaires: il y a donc de la place pour une déception sur la taille du programme de rachat, et la courbe pourrait s’aplatir», relève Anshul Pradhan, stratégiste taux chez Barclays Capital. Le risque est que cet aplatissement se produise par une remontée des taux à 10 ans, préjudiciable à l’économie. La hausse des taux à 30 ans en valeur absolue, à 3,95% après avoir touché 4% le 15 octobre, pénalise déjà le financement du marché immobilier.

Des économistes pointent enfin un autre risque. En provoquant une baisse trop violente du dollar, la politique d’assouplissement de la Fed risque de détourner les investisseurs internationaux des emprunts d’Etat américains.« Lors des dernières adjudications de Treasuries, le taux de demande sur offre, qui était au-dessus de 3, est retombé à 2, souligne Christian Parisot, patron de la recherche chez Aurel BGC. Il n’y a encore rien de dramatique, mais certains investisseurs commencent à hésiter à investir en dollar ». Un risque encore théorique: en août, mois durant lequel la Fed a évoqué son «QE2», les achats de Treasuries par les non-résidents ont atteint 117 milliards de dollars en net, selon les chiffres publiés hier par le Trésor.

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