Les pays émergents victimes des changes

le 15/10/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

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Bénéficiant de l’afflux massif des capitaux des investisseurs étrangers à la recherche de rendements élevés, les pays émergents s’efforcent désormais de modérer l’envolée de leurs devises face au billet vert qui pénalise leurs exportations et, dans certains cas, le solde des comptes courants.

A l’approche du G20 de Séoul, la Banque centrale de la Corée du Sud, plutôt que d’attiser la «guerre des changes» par des mesures interventionnistes directes, a décidé hier d’opter pour un statu quo monétaire, maintenant ses taux à 2,25%. Depuis fin mai, la devise sud-coréenne a progressé de 11,2% par rapport au billet vert à 1.111 wons pour un dollar.

Toutefois, le pays a été vivement critiqué par le ministre japonais des Finances Yoshihiko Noda pour «ses interventions pour limiter l'appréciation du won». Il en a fait de même pour la lente appréciation du yuan. «Notre message est que nous avons confirmé au G7 que les pays émergents ayant des excédents courants devaient rendre leurs monnaies plus souples», a justifié ce dernier.

Pour Deutsche Bank, en contrecarrant l’appréciation des devises provoquée par un pari des non-résidents sur une prochaine réévaluation, les politiques monétaires écartent la réponse la plus évidente à la hausse des flux entrants. Des baisses de taux étant par ailleurs exclues en Asie, les banques centrales du pays «sont enfermées dans une politique de poursuite d'accumulation des réserves et de pertes liées à la stérilisation. La tentation d'imposer des contrôles sur les capitaux augmente évidemment», estiment les stratégistes de la banque. A l’instar du Brésil, la Thaïlande dont la devise, le baht, s’est appréciée de 8,6% depuis début juin a choisi de davantage taxer les investisseurs étrangers sur leurs détentions d’obligations thaïlandaises.

Les mesures unilatérales sur le change, qui freinent la résorption des déséquilibres mondiaux, constitue une réelle menace. D’après la Cnuced, l’incertitude est aggravée par de nouveaux facteurs de risques pouvant affecter sérieusement les flux d’investissement directs, comme la guerre des changes et l’escalade du protectionnisme commercial qui en découle.

Mais à chacun ses mesures. Singapour a élargi sa fourchette de fluctuation de sa monnaie pour faire refluer l’inflation qui a atteint un record de 18 mois en août à 3,3%, proche de l’inflation sud-coréenne qui a touché les 3,6% en septembre. Même si les deux économies asiatiques ont vu leurs monnaies bondir de 9% depuis juin, les choix monétaires se sont avérés opposés, montrant ainsi qu’il n’existe aucune coordination des politiques monétaires et de change, même au sein des pays émergents asiatiques.

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