La rivière de l’ETF draine les vocations

le 10/11/2016 L'AGEFI Hebdo

Les principaux promoteurs français entendent bien tirer profit d’un marché prometteur auquel ils accordent une importance stratégique.

La rivière de l’ETF draine les vocations
Amundi affiche fin octobre un encours d’ETF supérieur à 22 milliards d’euros.
(Bloomberg)

Les petits ruisseaux forment les grandes rivières, dit-on. Les fonds indiciels cotés (exchange-traded funds, ETF) sont bien pour le marché de la gestion d’actifs l’une de ces sources de croissance que nombre de maisons souhaitent maîtriser. En témoignent les efforts des principaux acteurs français de l’ETF (numéros 3, 5 et 14 à l’échelle européenne), à savoir Lyxor au sein de la Société Générale, Amundi au Crédit Agricole et Theam pour BNP Paribas, quand Ossiam, dédié à l’ETF smart beta au sein de la galaxie de gestion de Natixis chez BPCE, accuse un certain retard, avec un encours géré de 2,2 milliards d’euros à fin juin. Dans l’attente d’un éventuel sursaut, comme Theam a récemment souhaité se l’imposer en visant le Top 10 européen de l’ETF grâce à un triplement des encours d’ici 2020 (4,1 milliards à fin septembre, pour une gestion indicielle totale de 15,3 milliards… une part modeste des plus de 500 milliards gérés et conseillés par BNP Paribas IP). « Nous sommes en ordre de marche et avançons progressivement », indique Isabelle Bourcier, responsable depuis juin de l’indiciel de Theam, grâce aux compléments à la gamme (avec notamment l’obligataire ou l’immobilier), aux listings supplémentaires hors de France et au renforcement de l’équipe commerciale dédiée en Europe. Un terrain de chasse désormais étendu à l’Asie côté Amundi, pour qui la « plate-forme de solutions de gestion passive est un des axes de développement prioritaires », assure son directeur du métier ETF, indiciel et smart beta, Fannie Wurtz. A l’offensive depuis 2008, le gestionnaire affiche fin octobre un encours d’ETF supérieur à 22 milliards d’euros. Un peu plus d’une goutte d’eau au milieu des plus de 1.000 milliards gérés par le maître européen de la gestion Amundi. La naissance de ce dernier avait, de fait, offert une place de choix dans son groupe à Lyxor, « acteur historique majeur » sur le marché de l’ETF comme le note son responsable de ces fonds et des solutions indicielles, Arnaud Llinas.

Course à la taille

Si Lyxor se distingue avec une part d’ETF (48 milliards d’euros fin octobre) voisine de la moitié des actifs sous gestion, ces fonds apparaissent bien comme incontournables pour des gestionnaires faisant face à la « nécessité d’offrir une palette complète de solutions ou à celle de ne pas laisser l’investisseur partir chez le voisin, d’autant plus sur un segment où la concurrence est mondiale », note Luc Baqué, directeur général France d’Alpha FMC. L’ETF suscite pourtant, selon le consultant, « un problème de marges, ce n’est pas une activité très rentable ». Le coût étant un argument-clé, la guerre fait rage, Arnaud Llinas évoquant « une dispersion des tarifs relativement faible » avec des commissions annuelles de gestion en moyenne de 30 points de base (pb), dont une moyenne de 30 à 50 pb côté smart beta. Si ce dernier correspond bien à de nouvelles attentes, il est aussi un moyen pour ses promoteurs français, selon un investisseur institutionnel avisé, « d’éviter en partie une rude concurrence frontale sur les ETF traditionnels avec les géants américains dont ils ne peuvent pas suivre la baisse drastique des prix ». Reste la course à la taille, « un élément crucial » aux yeux de Fannie Wurtz, qui mise sur la disparition de « certains acteurs faute d’atteindre une taille critique ». La dirigeante ne manque pas de se prévaloir du soutien d’Amundi pour gagner en efficacité.

Un atout que partagent ses concurrents. Comme Theam, avec notamment la marque forte BNP Paribas Easy attribuée à la Sicav luxembourgeoise regroupant 50 ETF. Il n’en faudra pas moins pour viser les cibles des clientèles institutionnelle et de détail. La première représente 90 % environ du marché européen des ETF, avec des usages qui évoluent, comme le relève Arnaud Llinas, les assureurs comme les caisses de retraite « se tournant toujours davantage vers une allocation de long terme ». Quand « les gestionnaires d’actifs diversifiés sont nos principaux clients », précise le dirigeant. Et si l’ETF est « accessible à tout le monde », selon Isabelle Bourcier, la part des particuliers s’est « érodée au fil des années sur fond de crise financière ». « Nous devons recréer le lien avec le particulier, il y a là un important terrain de conquête en France », souffle la responsable, qui affiche la « volonté de Theam d’être plus présent en direct en 2017 sur le segment retail ». Où les clients, « investisseurs avisés », selon Arnaud Llinas, sont là « pour des opérations tactiques, pas encore dans une optique de long terme afin de préparer leur retraite ». Ils représentent donc, pour le dirigeant de Lyxor, « un axe de développement au long cours, car nous pensons que la gestion indicielle est adaptée à un fonds de portefeuille à moyen et long termes ». « Le marché ‘retail’ constitue un des leviers de croissance majeurs de l’industrie des ETF pour les années à venir », abonde Fannie Wurtz. D’où la quête partagée tous azimuts de partenariats de distribution. Qui pour être fructueux devront passer par « un travail d’éducation, car le produit ETF est encore peu reconnu. Avant de parler concurrence, parlons d’éducation », plaide Arnaud Llinas. Un labeur de long terme pour faire grossir le débit de la rivière.

536 milliards de dollars, c’est ce que représente le marché européen des ETF à fin septembre (source : ETFGI)

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