Vincent Gaillard rhabille la dette de Réseau Ferré de France

le 26/11/2009 L'AGEFI Hebdo

Passé par Petrofina, le directeur du service finance et gestion des flux a fait de la salle des marchés interne une entité de financement au service du réseau ferré.

Une dette qui affiche 28 milliards d’euros au compteur, un chiffre d’affaires de 3 milliards et un magnifique triple A dans les cahiers de Fitch et de Moody’s : qui suis-je ? Réponse : Réseau Ferré de France (RFF). Pour gérer ce fardeau financier hérité de la SNCF, ils sont quatre dont Vincent Gaillard, le directeur du service finance et gestion des flux. Lorsque l’on cherche à commenter de l’extérieur une dette aussi importante, il est permis de penser spontanément à des mots comme « cantonnement » ou encore « confinement » avec en vision le quatrième réacteur de Tchernobyl enfoui sous un sarcophage de béton. Ce que réfute avec un sourire poli Vincent Gaillard, trop technicien sans doute et trop pondéré pour abuser des superlatifs. « Nous ne sommes pas une structure de défaisance, affirme-t-il d’emblée avec le ton rassurant d’un commandant de bord face à un passager agité. Nous gérons une dette par rapport à un actif, un actif de long terme par excellence. » C’est ce qui s’appelle recadrer un (gros) sujet en quelques mots. La salle des marchés qu’il dirige et qui jouxte son bureau est là pour qu’il n’y ait pas de turbulences, pas la peine d’attacher sa ceinture donc.

Il n’y a d’autant pas lieu de s’inquiéter que la loi de 1997 à l’origine de la création de RFF lui a donné un statut d’établissement public national à caractère industriel et commercial, détenu à 100 % par l’Etat, notamment contrôlé par la Cour des comptes et bénéficiant d’un régime juridique particulier « non soumis à la loi sur les faillites du secteur privé ». Un cadre suffisant pour traiter la « chose » avec sérénité. D’autant que dans l’héritage reçu de la SNCF, RFF dispose d’un actif sous-jacent consistant avec 30.000 kilomètres de lignes en service et génératrices de péages sur 108.000 hectares de foncier à valoriser.

Optimisation

Pour résorber cette dette et encourager le développement d’infrastructures, l’Etat est obligé d’apporter son concours (2,4 milliards en 2008). L’emploi du verbe « résorber » (le réflexe pavlovien du contribuable) est d’ailleurs impropre puisque la dette est passée en douze ans de 21 à 28 milliards. Ce qui fait que le mot qu’il convient d’adopter désormais est « optimiser » la dette. Et la cotisation versée par l’Etat pour la traiter se nomme dorénavant « subvention d’exploitation », en lieu et place de « subvention de désendettement ». Une simple affaire de mots ? Pas seulement.

Entre la salle de marché, le back-office, le middle-office et le credit management, Vincent Gaillard dirige une vingtaine de personnes. Afin d’optimiser la dette - donc - et assurer de la liquidité à une entreprise qui ne s’autofinance qu’à moitié avec ses recettes commerciales (un taux de 60 % est prévu pour 2012), Vincent Gaillard a réuni autour de lui une équipe réduite qu’il décrit comme « soudée » et « polyvalente ». Elle est composée d’Emmanuel Candalh, chef de l’unité (il supervise le desk), de Nicolas Marchessaux, opérateur de marché senior, et enfin d’Etienne Oberthur, opérateur junior (marchés/trésorerie).

La polyvalence est obligatoire parce que l’équipage est réduit mais l’esprit d’équipe, vertu qui ne s’obtient pas d’un simple claquement de doigt, est bien perceptible. Ce qu’a aimé Vincent Gaillard, 36 ans, lorsqu’il a débarqué à RFF fin 2000 après avoir fait ses classes chez Petrofina, « c’est l’esprit start-up », ce qui peut sembler bizarre à l’égard d’une entreprise qui a connu (avant son divorce) les locomotives à vapeur. Autre avantage de la maison RFF selon lui, celui de travailler avec une « ligne hiérarchique courte ». Un point appréciable lorsqu’au plus fort de la crise, il fallait prendre en quelques heures une décision d’intervention sur des marchés de capitaux devenus très volatils.

Aversion au risque

Et c’est bien là, sur ces marchés, que se trouve la dette. Pour la maîtriser sinon la juguler, l’esprit d’intervention est qualifié de « conservateur » par Nicolas Marchessaux. Pour l’essentiel, les émissions de RFF se font avec des grands clients tels que les OPCVM, les banques centrales et les fonds de pension, en fonction de leur maturité. L’action qualitative est privilégiée et les procédures sont bien répertoriées dans un classeur vert à la portée de chacun. S’y ajoute un middle-office qui veille au grain. La salle des marchés de RFF embaume l’aversion aux risques, pas question d’ajouter du danger à la dette. « Cette dette n’est en rien abstraite, nous ne perdons jamais de vue l’actif, insiste Vincent Gaillard. La dette vit au rythme du réseau, nous ne sommes pas sur un cycle industriel court. » Toute dérive semble impossible. La faillite de Lehman Brothers ou l’affaire Madoff ont laissé la petite équipe de marbre. Il n’y pas eu de provisions pour dépréciation d’actifs durant la crise, souligne Vincent Gaillard. Faire ce que l’on connaît et éviter ce que l’on ne comprend pas semble être l’adage le mieux partagé de la petite équipe.

Opérateur de marchés senior, Nicolas Marchesseaux se charge du financement long et de l’optimisation du coût de la dette. Les 28 milliards, « c’est un peu notre bac à sable », reconnaît-il avec humour. Pour lui, arrivé début 2009 en voisin, puisqu’il était chez Natixis, cette salle de marché est « une entité de financement » et en aucun cas une salle de trading. L’optimisation de la dette est « très encadrée ». Quant à Etienne Oberthur, il est un junior heureux. Tout sauf noyé parmi plusieurs dizaines de pairs comme ce serait le cas dans une grande banque, il s’épanouit chez RFF, « une merveilleuse opportunité », dit-il, où il apprend la polyvalence. Trente ans, passé par Société Générale et Saint-Gobain, il se trouve à son aise pour remplir sa mission, soit « couvrir le risque de liquidité », « repérer la performance, là où l’emprunt est le moins cher ». Le dollar est sa monnaie d’élection, mais cela pourrait ne pas durer selon lui en raison du cycle de retard de l’économie européenne par rapport aux Etats-Unis. « Il y a de bonnes chances pour que le dollar s’apprécie de façon conjoncturelle », juge-t-il.

La salle de marché de RFF est sous contrôle. Cela passe par la « maîtrise de tous les outils de la salle », professe Emmanuel Candalh, qui en assume la responsabilité au jour le jour sous la délégation de Vincent Gaillard. La dette RFF enfle au rythme des développements ferrés, mais les quatre membres réunis lui font un cordon de sécurité rassurant.

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