Une vague de scissions d’entreprises va déferler sur les marchés actions

le 27/05/2010 L'AGEFI Hebdo

Les conditions sont réunies pour l’émergence d’un nouveau cycle de « spin-off » dans les pays développés.

Nombreux sont les investisseurs qui scrutent les marchés actions dans l’espoir de voir apparaître une grande vague de fusions-acquisitions (M&A) capable d’apporter un peu de tonus à des places boursières amorphes, purgées par deux krachs en l’espace de dix ans. Ils vont au devant de déceptions.

Le scénario le plus probable dans les cinq ans à venir pour les entreprises cotées des pays développés est bien plus celui de spin-off et de demergers (15 % des opérations de M&A en 2008) , c’est-à-dire des scissions et des démembrements de firmes plus enclines à se replier sur leur cœur de métier et à se délester d’actifs périphériques, explique Daniel Fermon, head of Long term sustainable research de Société Générale CIB, auteur d’une étude consacrée aux spin-off*. Dans le cadre d’économies occidentales anémiées, les occasions pour les entreprises de grossir par fusions ou acquisitions se trouveront dans les pays émergents, les seuls à connaître de forts taux de croissance et à pouvoir constituer des acteurs industriels de poids. Aux Etats-Unis et en Europe, la tendance sera aux scissions. « Plusieurs raisons à cela, indique Daniel Fermon. Nombre d’opérations de la dernière vague de méga-fusions à la fin des années 90 se sont mal terminées pour les acquéreurs. Ensuite, les fusions sont par nature destructrices d’emplois. Dans le contexte actuel de chômage élevé, les restructurations sont difficilement acceptables au plan social. A contrario, la plupart des opérations de ‘spin-off’ sont créatrices d’emplois dans les quatre ans qui suivent la séparation. Dans ce cas de figure, les entreprises non seulement recréent des fonctions disparues, mais sont en recherche de croissance et créent des emplois indépendamment du cycle économique. »

Histoire et politique

La politique a également son mot à dire. Historiquement, les interventions du législateur jouent un rôle de premier plan dans les vagues de spin-off, comme l’illustrent les exemples du « Clayton Anti-Trust Act de 1914 ou du Tax Reform Act de 1969 aux Etats-Unis », ajoute Daniel Fermon. Des situations d’oligopoles ou de monopoles le font intervenir vigoureusement. Aujourd’hui, plusieurs secteurs sont dans son collimateur, à commencer par le secteur financier et le débat sur la taille des banques (« too big to fail ») aux Etats-Unis. Autre facteur favorable aux scissions au sein des groupes, le haut niveau de concentration dans la plupart des industries du monde occidental. « Dans les secteurs de l’agroalimentaire, de la pharmacie et de l’aéronautique, le Top 10 pèse 75 % de la capitalisation totale (indice MSCI). Le chiffre grimpe à 90 % pour le secteur Household & Personnal Care », précise Daniel Fermon. Enfin, les spin-off créent de la valeur pour l’actionnaire. « Ils sont plus intéressants que les M&A pour les investisseurs à long terme. »

Plusieurs formes

Un cycle de scissions est donc en vue. Les prémices en sont déjà visibles avec une quinzaine d’opérations réalisées sur les douze derniers mois et une trentaine annoncées pour 2010. Concrètement, ils peuvent prendre plusieurs formes : une scission en deux entités cotées, une introduction en Bourse avec contrôle du capital ou tout simplement une sortie complète du groupe par le biais d’un LBO (leveraged buy-out), ou encore la vente à un concurrent. Reste à lever un obstacle pour obtenir une pleine vague de spin-off : la disparition de la volatilité. « C’est une condition à remplir. Une fois que la volatilité aura diminué dans les marchés, la nouvelle vague de scissions que nous attendons pourra donner sa pleine mesure. »

*Corporate spin-off and demergers, best case scenario for developed economies.

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