Le « trading haute fréquence » fait débat

le 27/05/2010 L'AGEFI Hebdo

Certains semblent en vouloir au « trading haute fréquence » qui s’est développé simultanément à la directive MIF (Marchés d’instruments financiers) : fragmentation des marchés, concurrence ayant accru la « réactivité technologique » des plates-formes et essor parallèle d’algorithmes sophistiqués chez les gérants ont déjà amené le « high frequency trading » (HFT) à atteindre des niveaux record (60 % des échanges aux Etats-Unis et déjà près de 35 % en Europe), dont les MTF (multilateral trading facilities) ont particulièrement bénéficié. Malgré le débat sur ce sujet (et une consultation récente du CESR (Comité européen des régulateurs) afin de conseiller la Commission européenne), il reste difficile de savoir si ces pratiques de type « arbitrage sur les prix » apportent de la « bonne » ou de la « mauvaise » liquidité.

« J’aurais tendance à penser que le ‘trading haute fréquence’ joue un rôle d’amortisseur de la volatilité, avance Stéphane Giordano, responsable de l’exécution à Paris chez SG CIB. Mais les chiffres manquent pour démontrer si ces pratiques déforment ou non le processus de formation des prix. » Plusieurs spécialistes estiment que c’est effectivement le cas en « période normale ». La dernière étude de CA Cheuvreux « Navigating liquidity » tend à montrer, en comparant les situations espagnole et anglaise, l’absence d’impact visible sur la volatilité intraday. Mais l’« effet volume » de ces pratiques, avec de nombreux petits ordres pour un faible nombre d’exécutions, a « un impact négatif sur la nature et la qualité de la liquidité dans les carnets d’ordres », estime Bertrand Patillet, directeur général adjoint de l’établissement… Si ces pratiques ne déclenchent pas de mouvements de marché brutaux, elles peuvent les alimenter. Le risque tient donc surtout dans l’absence de « coupe-circuits » sur les MTF européens, rappelle Roland Bellegarde chez Nyse Euronext, en évoquant l’accident du 6 mai à Wall Street (lire aussi page 40). Elargir les « pas de cotation », contrôler les technologies et les tarifs d’accès aux marchés... Plusieurs outils, pour l’instant hors de la directive MIF, pourraient permettre aux régulateurs de limiter ces pratiques à terme.

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