L'analyse de... Sebastian Paris-Horvitz, directeur de la stratégie d'investissement d'Axa Investment Managers

Surprises pour 2010

le 28/01/2010 L'AGEFI Hebdo

Extraordinaire année 2009, commencée dans la peur et finie avec la satisfaction que l’on peut ressentir en atteignant un sommet après avoir parcouru un dur chemin. La vue du sommet n’est peut-être pas la plus belle, tant le monde d’après-crise est encore fragile, mais elle est bien plus joyeuse que celle qui prévalait il y a un an. Un tel dénouement était bien difficile à prévoir. On le sait, chaque année apporte son lot de bonnes et mauvaises surprises. Le bilan de 2009 sera néanmoins globalement positif car penchant du côté des bonnes nouvelles. Non seulement la spirale dévastatrice dans laquelle était emportée l’économie mondiale a été arrêtée mais nous avons même retrouvé le chemin de la croissance. Cette dynamique favorable a été validée et stimulée par la hausse du prix des actifs, certaines Bourses connaissant des rebonds historiques.

Quelles pourraient être les surprises de 2010 ? Pour en souligner certaines, définissons ce qui semble être le scénario de base. Du point de vue économique, le consensus intègre une poursuite de la croissance, même si celle-ci est attendue assez molle dans les pays développés alors qu’elle resterait robuste dans les pays émergents. Néanmoins, les sceptiques restent les plus nombreux et les adeptes de la rechute sont encore bien présents. Aussi, après la spectaculaire performance de l’année passée, les anticipations de hausse pour les prix des actifs risqués sont en général très modestes. Dans la tendance de l’année dernière, on parle évidemment de hausse, même si, en cohérence avec un scénario plus noir, les cassandres pronostiquent une correction brutale.

La première surprise pourrait bien venir d’une croissance plus robuste qu’anticipé, celle-ci ne décélérant pas autant que prévu malgré le retrait des politiques de relance en cours d’année. Evidemment, la surprise serait d’autant plus vertueuse que la croissance serait tirée par les pays à épargne élevée. Plus préoccupant serait un nouveau creusement des mêmes déséquilibres, fragilisant dans l’avenir l’expansion mondiale.

La zone euro pourrait constituer la deuxième surprise. Alors qu’il est prévu que cette dernière reste à la traîne du reste du monde, l’activité pourrait s’avérer plus soutenue, notamment grâce à une consommation allemande qui se réveillerait. Parallèlement, dans la suite des réformes de gouvernance de la zone, la crise grecque est plus que contenue. La Grèce, avec l’aide des quinze autres Etats membres, met en place un plan crédible pour remettre de l’ordre dans ses finances publiques et aide à promouvoir une dynamique vertueuse de résorption des déséquilibres publics européens.

Le scénario alternatif ferait partie des mauvaises surprises. Incapacité de mettre le budget grec dans une trajectoire soutenable avec propagation du désordre aux autres pays de la zone (Portugal, Espagne, Irlande en premier lieu), ce qui se traduirait par de forts écartements des primes de risque sur les dettes. Seule bonne nouvelle : l’euro s’affaiblirait ; 1,15 dollar pour un euro serait alors envisageable.

Les marchés boursiers pourraient nous donner une troisième source de satisfaction. Le CAC à 4.800 ? Dans un contexte plus porteur, on aura ainsi une autre année de très forte progression. Même si le sujet est très controversé, il nous semble que les valorisations sont plus que raisonnables, ce qui permet de croire au scénario optimiste. Par ailleurs, en utilisant un argument certes faible, le CAC, à 4.800, serait toujours 25 % en dessous du sommet atteint en 2007. Dans ce contexte, la Bourse japonaise pourrait nous surprendre positivement après être restée complètement à la traîne l’an dernier.

Les responsables de la politique monétaire risquent bien de nous offrir une quatrième source de surprises. Un durcissement rapide des politiques monétaires pourrait amener bien du désordre sur le plan conjoncturel. Aussi, voir la Fed accompagner ce mouvement dès 2010 avec des hausses de taux serait une vraie (mauvaise) surprise.

Au cinquième rang, plaçons un pot pourri. Dominique Strauss-Khan démissionne pour se consacrer aux élections présidentielles en France, ce qui débouche sur la nomination d’un nouveau patron du Fonds monétaire international provenant d’un grand pays émergent. L’Iran bascule et s’entrouvre la possibilité d’un changement de régime, apaisant les tensions avec l’Occident. Enfin, pointe son nez (dans l’économie verte ?) le nouveau Google ou Amazon de la décennie à venir.

La liste pourrait être bien plus longue, mais souhaitons surtout que les surprises soient bonnes.

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