Dossier Forum de la gestion d'actifs

Les Sicav monétaires à la recherche du rendement perdu

le 07/10/2010 L'AGEFI Hebdo

Avec un Eonia aux environs de 0,40 %, les gérants étudient toutes les pistes. Mais l’aversion au risque des clients complique la tâche.

La mission des gérants de Sicav monétaires n’est pas un long fleuve tranquille. Car l’Eonia s’est installé depuis plusieurs mois à un niveau extrêmement faible, aux environs de 0,40 %, limitant la performance des OPCVM de trésorerie régulière à 0,44 % sur douze mois (à fin août), d’après Europerformance Six-Telekurs. Difficile, dans ce contexte, de séduire les clients. D’autant plus que les investisseurs institutionnels, échaudés par les crises, font preuve d’une aversion au risque qui se matérialise jusque dans la gestion monétaire.

« Nous n’utilisons plus de titrisation dans nos fonds monétaires ouverts car certains investisseurs y sont toujours opposés, explique Alain Richier, le directeur de la gestion monétaire de Natixis Asset Management. Pourtant, les bons produits de titrisation (ABS - 'asset-backed securities', NDLR - européens granulaires notés AAA) ont traversé la crise sans encombre et offrent aujourd’hui un très bon couple rendement/risque. Seuls certains de nos clients acceptent que nous les utilisions dans le cadre de mandats de gestion » (lire aussi page 30).

Ce contexte est largement pris en compte par les sociétés de gestion, qui l’intègrent à leur politique. Outre la titrisation, il concerne aussi depuis l’hiver dernier les émissions de certains pays européens. Ainsi, chez Robeco, la Grèce ne fait plus partie de l’univers d’investissement, et des limitations existent sur le Portugal, l’Irlande et l’Espagne.

Chez Natixis AM, aucun produit monétaire ne peut non plus aujourd’hui investir sur la Grèce, l’Irlande et le Portugal. Des restrictions ont par ailleurs été mises en place pour l’Espagne et l’Italie, tant pour les emprunts d’Etat que pour le secteur privé. « Notre gestion monétaire met avant tout l’accent sur le contrôle des risques et la protection du capital, indique Alain Richier. Ce n’est donc pas sur ce type d’émetteurs que nous allons chercher de la performance s'agissant de zones géographiques actuellement exclues de notre univers d'investissement. »

Exploiter la courbe des taux

Parmi les moyens à leur disposition, les gérants monétaires cherchent notamment aujourd’hui à mieux exploiter la courbe des taux. « On a retrouvé un peu de pente sur les certificats de dépôt des banques entre les émissions à 3 mois et à 1 an, confirme Samuel Perrard, gérant chez LPBAM. C’est clairement pour nous un axe de performance. » Chez Natixis, on privilégie l’achat de certificats de dépôt sur le marché secondaire, qui offre de bonnes conditions de rémunération car il est peu liquide.

Autre source de performance, notamment chez LBPAM et CPR AM, les « puttables » : « Ces titres généralement émis par des banques présentent un risque crédit à 3 mois, car l’investisseur bénéficie d’une option de remboursement tous les trimestres, mais leur rendement est progressif sur deux ans, décrit Eric Bertrand, le directeur de la gestion de taux et crédit de CPR AM. Ils présentent donc un bon couple rendement/risque pour les Sicav monétaires. »

Enfin, l’environnement de taux courts extrêmement faibles met en lumière depuis un an les frais de gestion prélevés par les Sicav monétaires. Ces quelques centimes ont désormais un impact considérable sur la performance nette des produits. « Nous avons baissé nos frais de gestion sur nos produits les plus sécurisés pour préserver la performance », explique Alain Richier. CPR AM n’a pas eu besoin d’en passer par là, en raison de la structure de ses frais. « Nous avons mis en place il y a six ans un dispositif de commission de surperformance sur notre fonds CPR Cash, qui introduit une certaine souplesse et nous permet de dégager quotidiennement une performance au minimum à 'Eonia capitalisé flat' et qui intègre très rapidement les écartements de 'spreads' court terme », explique Eric Bertrand. Les frais fixes sont ainsi limités à 0,03 %, auxquels s’ajoutent une première commission variable égale à 100 % de la surperformance entre Eonia + 0,03 % et Eonia + 0,13 %, puis une seconde, à hauteur de 20 % de la surperformance au-delà de Eonia + 0,13 %.

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