Dossier Pays émergents

Respiration et sélection sur les marchés actions

le 25/02/2010 L'AGEFI Hebdo

Les gérants actions émergentes se mobilisent pour passer au crible les entreprises domestiques.

Après la pluie, le beau temps. Après avoir soudainement boudé les marchés émergents en 2008, les investisseurs se sont une fois de plus émerveillés de leur attrait dès le début de 2009. Les nouveaux flux à destination de ces places qui avaient encore, avant la crise, la réputation d’être plus risquées que les autres ont été importants. En un an, les entrées nettes de capitaux dans les fonds investis en actions émergentes se sont établies à 24 milliards de dollars (voir le graphique). Un pic a-t-il été atteint ? Difficile d'en convenir même si les investissements en actions cotées sur les places boursières des pays émergents semblent s’être stabilisés. Une respiration qui correspondrait plutôt à un mouvement tactique. L’heure serait à la réévaluation des risques et à la prise de quelques bénéfices après la forte montée des cours des actions l’année dernière, avant de se repositionner.

Les annonces des mesures prises par les autorités chinoises pour éviter une surchauffe sont venues rappeler les effets néfastes des formations de bulles spéculatives favorisées par des taux d’intérêt bas. Les analystes de Franklin Templeton Investments n'y vont pas par quatre chemins : « Les capitaux spéculatifs sont présents partout dans le monde, et les 'hedge funds' (fonds d’arbitrage) et produits dérivés jouent un rôle important. La valeur totale des produits dérivés dépasse les 600.000 milliards de dollars américains, dix fois plus que la production économique totale de la planète. Il s'agit de la plus importante menace pour les marchés internationaux, y compris pour les actions BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine, NDLR). » Pour sa part, Thomas Fallon, gérant marchés émergents d’UFG-LFP, explique que «

 sur le plan des fondamentaux économiques et financiers, il est clair que, globalement, les pays émergents poursuivent une tendance structurellement plus favorable que les pays avancés. En revanche, la crise a démontré qu’il n’y avait pas de découplage entre les marchés actions émergentes et les autres ». Cette prudence présage-t-elle d’une nouvelle vague de sorties brutales de capitaux des pays émergents ? Le diagnostic des experts n'est pas aussi alarmant.

Repérage de pépites

Nathalie Wallace, gérante spécialisée sur les marchés émergents chez Batterymarch, filiale de Legg Mason, note que « les entreprises des BRIC, globalement mieux gérées qu'il y a dix ans, vivent dans des économies moins volatiles qu'auparavant. Moins tributaires des aléas macroéconomiques, elles se concentrent sur leur propre plan de développement ». Un contexte qui porte ses fruits. De nombreuses initiatives prometteuses fleurissent de toutes parts. Hugh Simon, gérant de Hamon Investment Group, filiale de BNY Mellon AM, scrute en particulier « le secteur des infrastructures urbaines amené à croître pour s'adapter à la croissance de la population des villes et les entreprises qui se déploient pour répondre aux besoins nouveaux des populations locales, en Inde ou en Chine », où la classe moyenne dépense de plus en plus en biens de consommation. Une transformation qui, selon Xavier Linsenmaier, gérant zone Asie-Japon d'Acropole Asset Management, « favorise l'apparition de nouvelles marques domestiques, adaptées aux besoins spécifiques de leurs gigantesques marchés locaux », qui entreront en compétition directe avec celles des pays développés. Pour sa part, Angelica Millendorfer, responsable de l'équipe actions émergentes chez Raiffeisen Capital, estimant que la Bourse Russe est redevenue chère, passe la cote turque au crible. « Le secteur industriel de la Turquie devrait bénéficier du fort rebond de l'économie en 2010. » L'émulation est à son comble. 

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