L'avis de... Mats Persson, secrétaire général d'Open Europe*

« Le régulateur britannique aura le même poids que celui de Chypre »

le 04/11/2010 L'AGEFI Hebdo

Pourquoi la réforme de la supervision suscite-t-elle autant d’inquiétudes à la City ?

D’une certaine manière, cette réforme est beaucoup moins controversée que d’autres textes comme la directive AIFM (sur les gestionnaires des fonds alternatifs, NDLR). Un grand nombre d’entreprises financières pensent qu’elles peuvent vivre avec. Pour l’instant. Mais elles s’inquiètent de là où cette réforme pourrait nous mener. Leur crainte est que certains Etats imposent une vision du marché unique dans les services financiers qui n’est pas celle de la City.

Pourtant, les autorités britanniques seront présentes dans le système européen. Est-ce que la City a si peu foi dans leur capacité d’influence ?

Je ne pense pas que la Financial Services Authority (FSA) ou la Banque d’Angleterre manquent de capacité d’influence. Mais il faut avoir à l’esprit qu’avec la crise, acteurs de la City et autorités publiques entretiennent une relation de défiance.

Que critiquez-vous dans le fonctionnement des futures autorités ?

La FSA aura le même poids que le régulateur de Chypre ou de la Slovénie. En effet, la règle de la majorité simple (un pays, une voix, NDLR) vaut dans tous les domaines de compétence des autorités comme les situations d’urgence, l’interdiction éventuelle des ventes à découvert ou la médiation dans les collèges de superviseurs. La seule exception est l’établissement des standards techniques où la majorité qualifiée (donc pondérée, NDLR) s’applique. Même si les autorités de supervision sont théoriquement indépendantes de l’exécutif, cela fait courir un risque de politisation des discussions. Nous sommes très loin de l’arrangement qui avait été scellé au Conseil des ministres. Donner de tels pouvoirs à l’Esma (European Securities and Markets Authority, NDLR) est une violation du principe de subsidiarité.

Le fait que le siège de l’Esma soit à Paris est-il un problème ?

Ce n’est pas un problème en soi, même si c’est symboliquement important. En termes de lobbying, c’est également significatif. Les acteurs de la City devraient renforcer leur capacité de lobbying à Paris.

Si un Britannique présidait l’Esma, cela serait-il de nature à apaiser les choses ?

Londres cherche à arriver à ce résultat. David Wright (ancien directeur général adjoint à la Commission, NDLR) n’est probablement pas leur candidat idéal puisqu’il a été considéré comme insuffisamment anglo-saxon pour devenir le directeur général de Michel Barnier. Mais il est vu comme un moindre mal.

*Think-tank euro-critique basé à Londres

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